Connu pour transformer quelques mots en images photoréalistes, le laboratoire américain Midjourney surprend en s'attaquant à un tout autre terrain : le corps humain. Mi-juin 2026, l'entreprise a dévoilé une division santé et un projet de scanner corporel complet, relayé en France notamment par la chronique « Culture Geek » de BFMTV sous le titre « le check-up du futur ».

Ce qui est réellement annoncé

Midjourney décrit un appareil d'imagerie par ultrasons baptisé Ultrasonic CT : un anneau de capteurs émet des ondes sonores à travers le corps, à la manière de l'écholocation, pour reconstruire une image 3D des tissus. L'entreprise revendique une résolution voisine de celle de l'IRM pour un examen d'environ une minute. Attention au vocabulaire : malgré le nom, il ne s'agit pas d'un scanner à rayons X, mais d'ultrasons, sans rayonnement.

Le matériel ne vient d'ailleurs pas de Midjourney : il provient de Butterfly Network, via un accord de co-développement, pour un montant d'environ 74 millions de dollars sur cinq ans selon un dépôt auprès de la SEC. Le calendrier reste largement prospectif : un premier centre de dépistage est évoqué à San Francisco fin 2027, avec des objectifs de déploiement très ambitieux à l'horizon 2031 — des ambitions affichées, et non des capacités déployées.

Diagnostic ou simple « carte du corps » ?

Point crucial souvent escamoté : Midjourney indique vouloir commencer par de simples cartes de composition corporelle (répartition des graisses, des muscles), qui n'exigent pas d'autorisation réglementaire, et n'ajouter des fonctions diagnostiques que progressivement, en les soumettant à la FDA américaine. À ce stade, il ne s'agit donc pas d'un outil de diagnostic médical validé.

C'est cohérent avec l'état du secteur. La FDA a déjà autorisé plus de 1 250 dispositifs médicaux dopés à l'IA, surtout en radiologie. Mais accélérer l'analyse d'un examen prescrit n'est pas la même chose que proposer un dépistage de masse à des personnes en bonne santé.

Promesses et limites

Les médecins alertent de longue date sur le risque de surdiagnostic : un examen très sensible repère quantité d'anomalies bénignes, ce qui peut déclencher des examens inutiles, de l'anxiété et des coûts, sans bénéfice prouvé. Le scénario du scan corporel « comme une visite au spa » concentre exactement ces craintes. S'ajoutent les questions sur les données de santé : où sont stockées les images, qui y accède, serviront-elles à entraîner les algorithmes de l'entreprise ?

Ce qu'il faut retenir

L'annonce est bien réelle et appuyée par plusieurs sources indépendantes. Mais elle relève à ce jour davantage du projet industriel de long terme que du produit disponible : pas de centre ouvert, pas d'autorisation de diagnostic, et des chiffres de déploiement qui restent des objectifs. La vague de l'IA en santé est puissante et déjà concrète en imagerie clinique ; le « check-up du futur » grand public, lui, devra encore franchir les obstacles de la preuve scientifique et de la régulation.