Le mot circule chez les économistes : « IAflation ». L'idée ? Que la course mondiale à l'intelligence artificielle, en faisant flamber les besoins en électricité, en puces et en infrastructures, pourrait nourrir une nouvelle poussée des prix — comme l'avait fait, en 2022, le choc énergétique. Une hypothèse sérieuse, mais que ses propres tenants présentent avec prudence.
Une demande d'énergie qui s'envole
Les centres de données sont d'immenses consommateurs d'électricité, et l'IA accélère leur appétit. L'Agence internationale de l'énergie souligne que la demande mondiale d'électricité a connu en 2024 sa plus forte hausse depuis des années, les data centers y prenant une part croissante. Aux États-Unis comme ailleurs, les réseaux doivent absorber ces nouveaux besoins, ce qui peut tendre localement les prix de l'énergie — alors même que, globalement, les tarifs de gros ont plutôt reflué en 2024.
Composants et infrastructures sous tension
La pression se voit surtout sur les intrants industriels. La ruée vers les puces d'IA et la mémoire haute performance a fait grimper les prix des processeurs graphiques et de la RAM — un phénomène que nous documentions récemment. À cela s'ajoute la demande de foncier industriel, de transformateurs et de systèmes de refroidissement pour bâtir ou moderniser les data centers. Autant de coûts qui, en amont, peuvent se diffuser dans l'économie.
Le contre-argument : l'IA, force de désinflation
Mais l'histoire des grandes vagues technologiques invite à nuancer. À terme, l'IA est censée accroître la productivité — produire plus avec autant de moyens —, ce qui pèse à la baisse sur les prix. Des travaux de recherche (notamment au NBER) documentent déjà des gains de productivité concrets dans certains métiers. Comme l'internet dans les années 1990, l'IA pourrait ainsi enchaîner une phase d'investissements massifs (et de tensions) avant que les effets bénéfiques sur l'offre ne l'emportent.
Ce qui est constaté, ce qui est débattu
Distinguons l'établi du supposé. Constaté : l'explosion des investissements des géants tech, la pression sur l'électricité et la pénurie de composants. Débattu : l'ampleur réelle de l'effet inflationniste, sa diffusion aux prix à la consommation, et le calendrier auquel les gains de productivité le compenseront. L'« IAflation » reste donc une grille de lecture, pas un verdict — mais une raison de plus, pour les banques centrales, de garder l'œil sur leurs thermomètres.



