La Fête de la musique devait être un sommet d'activité pour les cafés, bars et restaurants. Elle s'est jouée, cette année, sous le signe de la contrainte. Face à une vague de chaleur exceptionnelle, le gouvernement a demandé aux préfets d'interdire la consommation d'alcool sur la voie publique dans les départements placés en vigilance rouge canicule le 21 juin. Une mesure de santé publique que la profession ne conteste pas sur le fond, mais dont elle dénonce la méthode.
Une mesure de dernière minute mal calibrée
Le motif sanitaire est assumé : la chaleur favorise la déshydratation et les malaises, et l'exécutif a appelé à limiter l'alcool pour préserver les services d'urgence. Mais pour les professionnels, le problème tient au calendrier et à la lisibilité. David Zenouda, vice-président de l'UMIH en Île-de-France, a déclaré avoir « du mal à comprendre l'improvisation » du gouvernement, tout en concédant que la décision « semble cohérente, évidemment pour des raisons de santé publique ». L'organisation patronale pointe l'application concrète : sur les terrasses, de nombreux établissements servent les boissons dans des gobelets jetables, rendant floue la frontière entre l'espace privé autorisé et la voie publique interdite.
Des règles à géométrie variable selon les villes
Le dispositif a varié d'un territoire à l'autre, ajoutant à la confusion. À Paris, cafés, bars et restaurants restaient l'exception à la règle, l'interdiction visant l'espace public. Dans le Rhône, l'arrêté préfectoral interdisait la consommation d'alcool sur la voie publique et surtout « la vente d'alcool à emporter [...] sous toutes ses formes entre 20 heures et 4 heures du matin », selon Lyonmag.
À Strasbourg, le périmètre a été plus large encore, l'interdiction s'étendant aux terrasses des établissements. Plusieurs patrons de bars ont découvert la mesure par la presse, parlant de « la plus grosse soirée de l'année » brutalement compromise.
Un manque à gagner sur une soirée stratégique
L'enjeu économique est de taille. La Fête de la musique concentre une part importante du chiffre d'affaires de nombreux débits de boissons, qui s'y préparent longtemps à l'avance, certains s'étant organisés pour vendre de l'alcool à emporter avant de voir cette possibilité supprimée dans les zones concernées.
Dans ce contexte, les établissements misent de plus en plus sur l'animation pour faire venir et retenir la clientèle en salle et en terrasse, là où le service reste autorisé. La programmation de DJ et de concerts est devenue un levier commercial assumé, de quoi compenser en partie la perte des ventes nomades supprimées par les arrêtés.
Un précédent qui interroge le secteur
Au-delà de cette édition, l'épisode laisse des traces dans la relation entre l'État et la filière CHR. Les professionnels réclament une concertation en amont et des consignes harmonisées, plutôt que des arrêtés préfectoraux annoncés à quelques heures de l'événement et appliqués différemment d'une ville à l'autre. Avec la multiplication attendue des canicules, la question de l'encadrement des grands rendez-vous festifs en pleine chaleur risque de se reposer chaque été. Pour un secteur encore convalescent, la prévisibilité réglementaire devient un enjeu économique à part entière.



