Et si le monopole d'Eurostar sous la Manche vivait ses dernières années ? La société britannique Gemini Trains veut lancer, à l'horizon 2030, ses propres liaisons à travers le tunnel, à des prix cassés démarrant autour de 69 euros, rapporte BFMTV.
Un modèle fondé sur la location
Depuis l'ouverture du tunnel sous la Manche en 1994, Eurostar est le seul opérateur à y faire circuler des trains de voyageurs. Plusieurs acteurs lorgnent désormais ce marché, à mesure que s'ouvre la concurrence. Gemini Trains est l'un d'eux, avec une approche particulière.
Plutôt que d'investir des sommes colossales dans l'achat de rames, la société mise sur la location de son matériel, une manière d'alléger la mise de départ. Elle s'appuie sur des partenaires industriels et financiers pour fournir et financer les trains, et envisage une distribution modernisée, notamment via des applications. L'objectif affiché : proposer des trajets nettement moins chers que ceux pratiqués aujourd'hui, en visant à terme des liaisons entre Londres et plusieurs villes du continent.
L'attrait pour les voyageurs
Pour les usagers, l'arrivée d'un concurrent est une bonne nouvelle. Les tarifs des liaisons transmanche sont réputés élevés, et la perspective de billets à partir de quelques dizaines d'euros a de quoi séduire, notamment les voyageurs entre Paris, Londres et Bruxelles. Plus de concurrence, c'est en théorie plus de choix et une pression à la baisse sur les prix.
L'argument écologique n'est pas absent non plus : développer le train sur ces axes, alternative à l'avion, s'inscrit dans les objectifs de report modal. Un marché encore loin d'être saturé, puisque les capacités du tunnel ne sont, à ce jour, que partiellement utilisées.
Un modèle qui interroge
Reste que le projet suscite des interrogations sérieuses. Se lancer sur le rail transmanche n'a rien d'anodin : il faut obtenir des autorisations des deux côtés de la Manche, accéder à des créneaux de circulation, et surtout disposer d'installations de maintenance pour les rames, un point sur lequel les nouveaux entrants se heurtent à une concurrence rude et à des capacités limitées.
Se pose enfin la question de la rentabilité. Casser les prix suppose de remplir les trains en grand nombre, dans un secteur très réglementé et gourmand en capitaux. D'autres candidats se positionnent également sur ce créneau, ce qui pourrait fragmenter le marché. Le pari de Gemini Trains est donc audacieux, mais loin d'être gagné.
Un signal pour le rail européen
Au-delà du cas particulier, ce projet illustre une tendance de fond : l'ouverture progressive à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs en Europe, y compris sur des axes longtemps verrouillés. Pour le passager, l'enjeu est concret, davantage d'offres et, espère-t-on, des tarifs plus accessibles.
Mais l'histoire récente du secteur rappelle que les annonces ne se concrétisent pas toujours, et que le chemin entre l'ambition et la mise en service peut être long et semé d'obstacles. D'ici 2030, il faudra suivre si Gemini Trains transforme l'essai, ou rejoint la liste des projets restés à quai.



