L'Union européenne a franchi un seuil hautement symbolique dans sa relation commerciale avec la Chine. En 2025, son déficit sur les échanges de biens a atteint 359,8 milliards d'euros, selon Eurostat. Rapporté à l'année, cela représente près d'un milliard d'euros par jour — un calcul que le vice-président de la Commission, Stéphane Séjourné, a lui-même mis en avant : « Nous avons maintenant un déficit commercial de plus d'un milliard d'euros par jour avec la Chine », a-t-il déclaré, cité par l'AFP.

Précisons le cadrage : ce milliard quotidien concerne uniquement les biens (le chiffre exact est d'environ 986 millions d'euros par jour), et non l'ensemble des échanges.

Une dynamique qui s'accélère

Le déséquilibre se creuse rapidement. En 2025, les exportations européennes vers la Chine ont reculé de 6,5 % (199,6 milliards d'euros), tandis que les importations chinoises ont progressé de 6,4 % (559,4 milliards). Le déficit a bondi d'environ 18 % en un an, un effet en partie lié aux droits de douane américains : les produits chinois détournés du marché des États-Unis se reportent sur l'Europe. Sur dix ans, les importations européennes de biens chinois ont presque doublé (+89 %), quand les exportations vers la Chine n'augmentaient que de 37 %.

Voitures électriques, terres rares et surcapacités

Plusieurs facteurs alimentent ce gouffre. Bruxelles met en cause les surcapacités de production chinoises, soutenues par d'importantes subventions publiques. Les véhicules électriques cristallisent les tensions — l'UE a déjà imposé des droits compensateurs — tout comme les terres rares, dont la Chine détient un quasi-monopole, matériaux critiques pour l'industrie, la défense et les technologies vertes.

Le ministre chinois attendu à Bruxelles

Dans ce contexte tendu, le ministre chinois du Commerce Wang Wentao est attendu à Bruxelles fin juin (dates à confirmer) pour des discussions avec le commissaire au Commerce Maros Sefcovic, selon le South China Morning Post.

Les enjeux pour la France

La France pousse pour un durcissement de l'arsenal commercial européen, plaidant notamment pour un équivalent de la « Section 301 » américaine, qui permet d'imposer des droits de douane ciblés. Pour l'industrie française — automobile, équipements, technologies vertes — l'enjeu est double : se protéger de la concurrence chinoise sans déclencher de représailles qui frapperaient ses propres exportations. Un équilibre délicat que la visite de fin juin mettra à l'épreuve.