C'est un signal qui pourrait rebattre les cartes dans le domaine sensible de l'armement. La France se montrerait « moins réticente » qu'auparavant à l'idée de vendre à la Turquie son système de défense antiaérienne SAMP/T, rapporte BFMTV. Sans, à ce stade, qu'un accord ne soit conclu.
Le SAMP/T, une pépite européenne
Le SAMP/T est un système sol-air de moyenne portée, développé conjointement par la France et l'Italie, présenté comme l'équivalent européen du fameux Patriot américain. Fruit d'une coopération industrielle réunissant notamment MBDA et Thales, il permet d'intercepter avions, missiles et drones, et constitue l'un des atouts majeurs de l'industrie de défense franco-italienne.
Son efficacité a notamment été mise en avant en Ukraine, où il contribue à la protection du ciel face aux frappes russes. De quoi susciter l'intérêt de plusieurs pays en quête de défense antiaérienne fiable.
Pourquoi la Turquie est intéressée
Membre de l'OTAN, la Turquie cherche depuis des années à se doter d'un système de défense aérienne moderne et compatible avec l'Alliance. Son acquisition passée des S-400 russes avait provoqué une crise majeure avec ses partenaires occidentaux, jusqu'à son exclusion du programme d'avions de combat F-35 américain.
Dans ce contexte, un système européen comme le SAMP/T offrirait à Ankara une alternative crédible, sans les inconvénients diplomatiques et techniques liés à un équipement russe. D'où l'intérêt turc pour cette solution.
Une « ouverture », pas un contrat
La prudence reste toutefois de mise. Les relations entre Paris et Ankara ont connu, ces dernières années, de fortes tensions, sur de nombreux dossiers diplomatiques et régionaux. La France s'était jusqu'ici montrée réticente à équiper la Turquie en armements sensibles.
« Moins réticente » ne signifie pas « accord signé » : une telle vente supposerait de longues négociations, portant sur les volumes, les coûts, la maintenance et d'éventuels transferts de technologie. Rien n'est donc acquis.
Un arbitrage stratégique
Derrière ce dossier se joue un arbitrage de fond. Priver durablement un allié de l'OTAN de solutions occidentales, c'est prendre le risque de le voir se tourner de nouveau vers des fournisseurs russes ou chinois, un scénario défavorable à la cohésion de l'Alliance. À l'inverse, vendre un système aussi stratégique à un partenaire au comportement parfois imprévisible ne va pas sans réserves.
L'« ouverture » évoquée par Paris illustre ainsi la difficulté de concilier intérêts industriels, considérations stratégiques et prudence diplomatique. La suite des discussions dira jusqu'où la France est prête à aller.



