Depuis plusieurs mois, des médias régionaux et spécialisés s'inquiètent d'un phénomène qui touche surtout des garçons adolescents : se frapper volontairement le visage, parfois à l'aide d'un objet dur, dans l'espoir de « remodeler » ses traits. Ce geste porte un nom emprunté à l'anglais, le « bone smashing », et s'inscrit dans une tendance plus large appelée « looksmaxxing ».

De quoi s'agit-il exactement ?

Le « looksmaxxing » désigne l'obsession d'« optimiser » son apparence pour se rapprocher d'un idéal physique masculin. Le « bone smashing » en est une dérive : il consiste à se cogner certaines zones du visage en croyant provoquer des changements osseux. Selon les spécialistes cités par le Baylor College of Medicine, aucun bénéfice n'est démontré ; en revanche, les risques sont réels : fractures, lésions nerveuses, atteintes dentaires.

Il ne s'agit donc pas d'un « défi » anodin. Les spécialistes distinguent toutefois ce comportement de l'automutilation classique, dont la fonction est généralement d'apaiser une détresse émotionnelle. Ici, le geste est présenté comme « esthétique ». Dans les deux cas, il signale un mal-être qui mérite attention.

Ce qu'en disent les spécialistes

Ces contenus circulent dans la « manosphère », ces espaces en ligne diffusant des discours masculinistes auprès de jeunes hommes, comme l'a documenté la presse s'appuyant sur des chercheurs. De faux comptes d'adolescents y sont rapidement exposés à ce type de vidéos.

Sur le plan psychologique, la tendance peut renforcer une vulnérabilité préexistante. Le trouble de dysmorphie corporelle (dysmorphophobie) — une préoccupation excessive pour un défaut physique souvent imperceptible — apparaît fréquemment à l'adolescence et concernerait 2 à 3 % de la population. Les chercheurs alertent aussi sur l'effet des algorithmes : selon The Conversation, les profils vulnérables reçoivent davantage de contenus liés au mal-être. L'ampleur précise du phénomène en France reste toutefois mal documentée et repose surtout sur des signalements (À VÉRIFIER).

Signaux d'alerte pour les parents

Plusieurs indices doivent attirer l'attention : une obsession soudaine pour l'apparence, des changements alimentaires extrêmes, un repli social, l'adhésion à des discours dévalorisant les autres. Des marques inexpliquées sur le visage doivent évidemment alerter.

Que faire et où trouver de l'aide ?

Les professionnels recommandent d'éviter la moquerie ou la confrontation frontale, qui braquent. Mieux vaut écouter avec bienveillance, s'intéresser aux motivations du jeune et l'aider à diversifier ses modèles, en valorisant les amitiés, les centres d'intérêt et les compétences plutôt que la seule apparence. La thérapie cognitivo-comportementale est efficace contre la dysmorphophobie.

En cas de doute, le médecin traitant, un psychologue ou un Centre médico-psychologique (CMP) peuvent orienter. Des lignes d'écoute existent aussi :

  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236, anonyme et gratuit, pour les 12-25 ans et leurs proches.
  • 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel, joignable 24h/24, en cas de souffrance intense ou d'idées suicidaires.
  • En cas d'urgence vitale, composez le 15 ou le 112.

Parler n'aggrave jamais la situation : c'est souvent le premier pas vers un mieux.