Quatre mois après les faits, l'enquête sur la tentative d'attentat visant le siège parisien de Bank of America a franchi une étape. Une femme de nationalité belge, âgée de 24 ans, a été mise en examen à Paris le vendredi 31 juillet et placée en détention provisoire, indique franceinfo sur la foi du parquet national antiterroriste. Elle est soupçonnée d'avoir joué un rôle dans le projet ; à ce stade de la procédure, elle bénéficie de la présomption d'innocence.

Une remise par la Belgique

La jeune femme n'a pas été interpellée en France. Elle se trouvait en Belgique, et a été remise aux autorités françaises en exécution d'un mandat d'arrêt européen, rapporte La Libre. Ce mécanisme, en vigueur dans l'Union européenne depuis 2004, permet à un juge d'un État membre d'obtenir la remise d'une personne recherchée par un autre sans passer par la procédure d'extradition classique, plus lente et plus politique.

Avec cette mise en examen, cinq personnes au total sont désormais poursuivies et placées en détention provisoire dans ce dossier. Deux d'entre elles sont mineures.

Ce qui s'est passé fin mars

Le rappel des faits éclaire la gravité de la qualification retenue. Aux premières heures d'un samedi de fin mars, une patrouille affectée à la protection de sites sensibles dans le 8e arrondissement de Paris a repéré deux individus devant les locaux de la banque américaine. L'un tentait de mettre en place puis d'allumer un engin explosif improvisé contenant un bidon d'hydrocarbures ; l'autre filmait la scène.

Le dispositif était rudimentaire. Il aurait néanmoins pu être meurtrier, un point sur lequel les enquêteurs ont insisté dès les premiers jours. L'intervention de la patrouille a interrompu l'opération avant qu'elle n'aboutisse. Trois personnes avaient été interpellées dans les heures suivantes, selon l'Associated Press, puis deux autres quelques jours plus tard.

Une piste revendicative transfrontalière

L'élément qui a fait basculer le dossier vers l'antiterrorisme tient au contexte. Le projet est rattaché par les enquêteurs à un groupe se présentant sous le nom de Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya, qui a revendiqué en mars plusieurs actions visant la communauté juive en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.

Cette dimension transfrontalière explique à la fois la coopération judiciaire avec Bruxelles et la lenteur apparente de la procédure : identifier les ramifications d'un réseau réparti sur plusieurs pays suppose des échanges d'informations qui ne se font pas en quelques semaines.

Ce que l'on ne sait pas encore

Beaucoup de choses, en réalité, et il faut le dire. Le parquet national antiterroriste communique peu, ce qui est la règle dans une instruction en cours. Le rôle précis attribué à la femme mise en examen vendredi n'est pas public. La structure du groupe, son degré d'organisation réelle, l'existence ou non de commanditaires extérieurs aux cinq personnes poursuivies : autant de questions que l'instruction devra trancher.

Le choix de la cible, en revanche, interroge dès à présent. Une banque américaine à Paris, visée par un groupe dont les actions revendiquées ailleurs en Europe ont ciblé des institutions juives, dessine un mode opératoire dont la cohérence idéologique reste à établir par l'enquête.