L'un des derniers géants de l'art du XXe siècle vient de disparaître. Yaacov Agam, pionnier de l'art cinétique, est mort à 98 ans, a-t-on appris dimanche 21 juin 2026. Quelques mois plus tôt, l'État hébreu lui avait décerné sa plus haute distinction culturelle, le prix Israël. Une consécration tardive pour un créateur qui, sa vie durant, aura cherché à mettre le regard du spectateur en mouvement.
D'un village de Palestine mandataire aux ateliers de Paris
Né en 1928 à Rishon LeZion, en Palestine sous mandat britannique, sous le nom de Jacob Gipstein, le futur Agam grandit dans la maison d'un père rabbin et kabbaliste. Cet héritage spirituel, fait de signes, de lettres et d'invisible, irriguera toute son œuvre. Après des études à l'académie Bezalel de Jérusalem, il gagne la Suisse à la fin des années 1940 avant de poser ses valises à Paris au tournant des années 1950.
La capitale française devient son port d'attache pour le restant de sa vie. C'est là, dans le bouillonnement de l'après-guerre, qu'il forge un langage radicalement neuf, parmi les inventeurs d'un art qui refuse la fixité du tableau.
L'invention d'un art en mouvement
Agam est l'un des fondateurs de l'art cinétique, mouvement qui intègre le déplacement, la lumière et surtout la perception du spectateur au cœur même de l'œuvre. Ses tableaux en relief, faits de lamelles verticales triangulaires, changent radicalement selon l'endroit où l'on se tient : une image se substitue à une autre, le visiteur devient le metteur en scène de ce qu'il voit. L'artiste a baptisé ce principe la « polyphonie colorée ».
« La seule langue que je parle, c'est le visuel », confiait-il au Centre Pompidou. Sa démarche, nourrie d'abstraction géométrique et de couleurs franches, lui vaut très tôt une reconnaissance internationale, du MoMA au Guggenheim de New York.
Une empreinte durable dans le paysage français
C'est en France qu'Agam a laissé ses traces les plus visibles. En 1977, sur le parvis de La Défense, il installe une fontaine monumentale au bassin couvert d'une mosaïque polymorphe, animée de jets d'eau chorégraphiés comme une partition musicale. Pendant des années, cette œuvre rythmée de couleurs et de musique aura accueilli les flots de passants du quartier d'affaires.
Quelques années plus tôt, c'est l'Élysée lui-même qui s'était ouvert à son art. Le président Georges Pompidou lui commande l'aménagement de l'antichambre de ses appartements privés. Réalisé entre 1972 et 1974, ce « Salon Agam » mêle peinture murale, tapis cinétique et portes de verre teintées dans les couleurs primaires et secondaires. Démonté après la mort de Pompidou en 1974, longtemps remisé, il a été restauré puis réinstallé dans les collections du Centre Pompidou, où il demeure l'un des rares environnements totaux conçus par l'artiste.
Un héritage entre Tel-Aviv et le monde
En Israël, son œuvre la plus populaire reste la fontaine de la place Dizengoff, à Tel-Aviv, sculpture cinétique de « feu et d'eau » associant images colorées, mouvement, jets et musique. Un musée lui est par ailleurs consacré à Rishon LeZion, sa ville natale.
De Paris à Tel-Aviv, Agam aura passé sa vie à démontrer qu'une œuvre n'est jamais achevée tant qu'un regard ne la traverse pas. À 98 ans, le mouvement s'est arrêté, mais ses couleurs, elles, continueront de changer au gré des pas de ceux qui les regardent.



