Une comparaison provocatrice

Le point de départ a de quoi surprendre : à Grenoble, des réseaux de trafic de drogue ont, pour recruter, affiché ouvertement leurs « grilles » de rémunération par poste — un tarif pour le guetteur, un autre pour le vendeur, comme l'a relevé BFMTV. Une experte en ressources humaines en tire une comparaison volontairement provocatrice : sur la transparence des salaires, l'économie souterraine afficherait, paradoxalement, plus de clarté que bon nombre d'entreprises légales.

Le tabou français des salaires

Loin de toute apologie — il s'agit d'un trafic illégal, exploitant souvent des mineurs —, la formule met le doigt sur une réalité : en France, parler de son salaire reste largement tabou, et beaucoup d'employeurs cultivent l'opacité sur les rémunérations. Or cette discrétion nourrit le soupçon d'inégalités, notamment entre femmes et hommes, et complique la négociation pour les salariés.

La directive européenne va rebattre les cartes

Le contexte n'est pas anodin : l'Union européenne a adopté une directive sur la transparence des rémunérations (2023/970), dont la transposition en droit français est attendue, rappelle le Conseil de l'UE. Elle prévoit notamment d'informer les candidats sur la fourchette de salaire d'un poste dès le recrutement, de donner aux salariés un droit à l'information sur les niveaux moyens de rémunération, et d'obliger les grandes entreprises à publier leurs écarts. Sans dévoiler les fiches de paie individuelles, le texte vise à briser la culture du secret.

Un changement culturel à venir

Reste que la transparence ne se décrète pas du jour au lendemain : il faudra du temps pour faire évoluer les pratiques et les mentalités. La « leçon » grenobloise, aussi cynique soit-elle, aura eu le mérite de rappeler une évidence : l'opacité sur les salaires n'a rien d'une fatalité — et l'Europe s'apprête à pousser les entreprises à jouer cartes sur table.