Trois ans après, la manifestation de Sainte-Soline revient hanter l'État. Dans un avis très critique, la Défenseure des droits dénonce « une logique de confrontation » des autorités lors de ce rassemblement, et met gravement en cause la chaîne de commandement, rapporte BFMTV.
Retour sur une journée sous tension
En mars 2023, dans les Deux-Sèvres, plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées contre un projet de réserve d'eau agricole, ces retenues surnommées « méga-bassines » par leurs opposants et dénoncées pour leur impact environnemental. La journée avait dégénéré en affrontements d'une rare intensité entre manifestants et gendarmes, faisant de nombreux blessés, dont plusieurs graves. Les images et les bilans avaient provoqué une onde de choc et un vif débat sur le maintien de l'ordre en France.
C'est cette gestion que la Défenseure des droits, autorité indépendante chargée de veiller au respect des droits et libertés, a passée au crible, à la suite de la saisine de dizaines de participants.
Ce que conclut la Défenseure des droits
Ses conclusions sont sévères. L'institution retient une « logique de confrontation » dans la conduite de l'opération, un usage de la force jugé disproportionné, et pointe des entraves à l'intervention des secours au plus fort des heurts, rapporte Libération.
Surtout, elle ne s'arrête pas aux comportements individuels : elle met en cause l'ensemble de la chaîne de commandement qui pilotait le dispositif, et remonte jusqu'au ministère de l'Intérieur, qu'elle saisit. Une manière de dire que les responsabilités, selon elle, ne se situent pas seulement sur le terrain, mais aussi dans la conception et l'encadrement de l'opération.
Un avis, pas un jugement
Il faut le souligner : cet avis émane d'une autorité administrative indépendante. Il s'agit d'une prise de position institutionnelle, assortie de recommandations, et non d'une décision de justice. Il ne préjuge pas de l'issue des éventuelles procédures judiciaires, et les faits restent soumis à la présomption d'innocence pour les personnes concernées.
Reste que la parole de la Défenseure des droits pèse lourd dans le débat public, et vient conforter les critiques de longue date des opposants et de plusieurs associations sur le maintien de l'ordre lors de cette journée.
Un débat qui ressurgit
Au-delà du cas de Sainte-Soline, cet avis relance une question de fond : celle de la doctrine française du maintien de l'ordre face aux mobilisations, et de l'équilibre entre le droit de manifester et la sécurisation des sites. Un débat récurrent, ravivé à chaque manifestation qui tourne mal.
Les autorités n'avaient pas, dans l'immédiat, apporté de réponse détaillée aux conclusions de la Défenseure des droits. La balle est désormais dans le camp du ministère de l'Intérieur, appelé à se positionner sur des recommandations qui touchent au cœur de l'action de l'État.



