Les produits structurés reviennent sous le feu des régulateurs. En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) et l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) y consacrent une étude régulière, tandis qu'au niveau européen l'ESMA les intègre à son rapport annuel sur les coûts et performances des produits d'épargne. Le constat est récurrent : des produits complexes, vendus massivement au grand public, dont les rendements réels ne sont pas toujours à la hauteur des risques pris.
Qu'est-ce qu'un produit structuré ?
Un produit structuré est un placement « sur mesure » assemblé par une banque. Sa performance dépend d'un sous-jacent (un indice comme le CAC 40, une action) et de règles fixées à l'avance. Le plus courant, l'autocall, prévoit un remboursement automatique anticipé si le sous-jacent dépasse un certain seuil à une date d'observation, avec versement d'un coupon. En échange, le capital n'est souvent protégé que de façon conditionnelle : si l'indice chute sous une « barrière » (par exemple −40 %), l'épargnant peut perdre une partie de sa mise. Ces produits sont très majoritairement logés dans l'assurance-vie.
Un marché qui a explosé
Le succès est spectaculaire. D'après la cartographie AMF-ACPR, la collecte brute est passée d'environ 23 milliards d'euros en 2021 à près de 42 milliards en 2023, soit un quasi-doublement en deux ans — une envolée portée par la remontée des taux, qui a rendu ces structures plus attractives, et qui explique en partie la vigilance accrue des régulateurs.
Des rendements corrects… mais bruts
Sur les produits remboursés ces dernières années, les études relèvent un rendement annuel médian brut de l'ordre de 6 % à 7 %. Le point crucial : ces chiffres sont exprimés bruts de frais et de fiscalité. Le rendement réellement encaissé par l'épargnant est donc inférieur. L'ESMA souligne d'ailleurs que les performances brutes affichées « ne reflètent pas les coûts payés par les investisseurs ».
Le problème des frais peu visibles
C'est le cœur du reproche. La rémunération de la banque, la « marge de structuration », est intégrée directement dans le prix d'émission du produit et reste donc peu visible. S'y ajoutent les frais de l'enveloppe assurance-vie. Difficile, dans ces conditions, de comparer un produit à un autre. Le régulateur pointe aussi un décalage de durée : les produits sont souvent présentés sur 5 à 10 ans, mais leur durée de vie réelle, du fait du remboursement anticipé, est en pratique bien plus courte.
Ce que l'AMF veut changer
Début 2026, l'AMF a publié les conclusions d'un groupe de travail listant sept informations clés qui devraient figurer dans les documents commerciaux : durée et mécanismes de remboursement, niveau de protection du capital avec scénario de perte chiffré, mécanisme de rémunération, risque de défaut de l'émetteur, conditions de sortie anticipée et nature du sous-jacent. Ces recommandations relèvent toutefois des « bonnes pratiques », non d'obligations contraignantes.
Conseils de prudence
Avant de signer, lisez le Document d'information clé (DIC) et repérez le niveau de risque, la barrière de protection et la durée maximale. Ne confondez pas protection conditionnelle et capital garanti : la plupart de ces produits exposent à une perte en cas de forte baisse. Un rendement affiché est toujours brut : cherchez la marge de structuration et les frais de l'assurance-vie. Enfin, diversifiez — un produit structuré ne doit représenter qu'une part mesurée de votre épargne.



