Le chiffre tombe chaque mois, et chaque mois il monte. Selon les dernières statistiques de l'administration pénitentiaire, la France compte 89 446 détenus pour une densité carcérale globale de 141,3 %.

Nous rapportions début juillet un total supérieur à 84 000 personnes détenues. La progression d'un relevé à l'autre est donc marquée, et nous la signalons telle qu'elle est publiée, sans avoir pu la recouper ce soir auprès de la source primaire du ministère.

Ce que veut dire 141,3 %

La densité carcérale rapporte le nombre de personnes détenues au nombre de places opérationnelles. À 141,3 %, cela signifie qu'il y a environ quatre détenus pour trois places.

Concrètement, dans un établissement saturé, cela se traduit par des cellules prévues pour une personne qui en accueillent deux, des cellules doubles qui en accueillent trois, et des matelas posés au sol quand il n'y a plus de lit. Ce dernier point est le marqueur habituellement retenu pour mesurer la gravité de la situation.

Une précision de vocabulaire, souvent source de confusion dans le débat public : le nombre de personnes détenues n'est pas celui des personnes écrouées. Ce second total, plus élevé, inclut des personnes sous surveillance électronique ou en placement extérieur, qui ne dorment pas en cellule et n'occupent donc pas de place.

La surpopulation n'est pas répartie

C'est le point que le chiffre global masque, et il est essentiel pour comprendre le problème français.

Les établissements pour peine, qui accueillent les condamnés à de longues peines, fonctionnent en numerus clausus de fait : on n'y transfère un détenu que lorsqu'une place se libère. Leur taux d'occupation reste proche de 100 %.

Toute la pression se reporte donc sur les maisons d'arrêt, qui accueillent les prévenus en attente de jugement et les condamnés à de courtes peines, et qui ne peuvent refuser personne. Dans plusieurs d'entre elles, la densité dépasse largement la moyenne nationale. C'est là que se concentrent les matelas au sol.

Ce que cela produit

Les conséquences sont documentées de longue date par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, autorité indépendante chargée de visiter ces établissements.

La promiscuité prolongée dégrade tout : l'hygiène, le sommeil, l'accès aux douches, la possibilité de s'isoler. Elle augmente les tensions entre détenus et rend le travail des surveillants plus dangereux, dans des établissements où les effectifs n'augmentent pas au rythme de la population. Elle réduit mécaniquement l'accès au travail, à la formation et aux activités, c'est-à-dire précisément à ce qui prépare la sortie.

La France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour ses conditions de détention, dans un arrêt de 2020 qui visait explicitement la surpopulation et invitait le pays à prendre des mesures pour y remédier.

Deux leviers, un désaccord ancien

Le débat français oppose depuis des années deux approches, et il ne s'agit pas d'un désaccord technique mais d'un choix de politique pénale.

La première consiste à augmenter le nombre de places. Des plans de construction se succèdent, avec des résultats réels mais lents : un établissement se conçoit, se finance et se bâtit sur une décennie, quand la population carcérale évolue en quelques mois.

La seconde consiste à réguler les entrées et à accélérer les sorties : recours plus restreint à la détention provisoire, développement des peines alternatives, mécanisme de régulation qui déclencherait des aménagements de peine lorsqu'un établissement dépasse un seuil.

Les partisans de la première approche estiment que la seconde revient à ne pas exécuter les peines prononcées. Ceux de la seconde répondent que construire plus n'a jamais suffi, la population carcérale ayant historiquement tendance à se caler sur les capacités disponibles.

En attendant que ce débat soit tranché, le chiffre du mois prochain sortira, et rien n'indique qu'il sera meilleur.