Faut-il confier à une IA la rédaction des millions d'articles de Wikipédia ? Pour Jimmy Wales, cofondateur de l'encyclopédie collaborative, la réponse est non. L'intéressé estime ne pas avoir « assez confiance » dans la technologie pour lui laisser ce rôle, une position relayée par Le Parisien.
Ce que dit Jimmy Wales
Le message est constant : les grands modèles de langage ne sont pas assez fiables pour produire du contenu encyclopédique. Selon les propos rapportés, ces systèmes « hallucinent » des informations et ne citent pas leurs sources ; Wales met directement en garde les bénévoles tentés d'utiliser un tel outil pour rédiger. Il pointe aussi un défaut structurel : là où une communauté humaine peut s'autocorriger publiquement — Wikipédia conserve l'historique complet des modifications, des sources et des désaccords —, un modèle entraîné sur des données erronées ne se corrige pas seul.
Le contexte : hallucinations et confiance
Cette prise de position s'inscrit dans le débat sur l'IA générative et la fiabilité. Wales n'est pas technophobe : il a déjà testé l'IA pour relire des articles — un essai jugé « plein d'erreurs » selon 404 Media — et reconnaît utiliser ces outils pour d'autres tâches. Sa logique : l'IA peut assister le jugement humain, pas le remplacer.
La position officielle de Wikipédia
La Wikimedia Foundation a tranché en avril 2025 avec une stratégie IA sur trois ans résumée par une formule : « placer les humains de Wikipédia en premier ». L'IA y est cantonnée à un rôle d'outil au service des contributeurs : épauler les modérateurs en automatisant des tâches fastidieuses, améliorer la recherche d'informations, automatiser la traduction, accompagner les nouveaux bénévoles, souligne le Nieman Lab. Wikipédia recourt déjà depuis des années au machine learning pour repérer le vandalisme, mais n'intègre pas les LLM dans le processus éditorial formel.
Les enjeux pour la fiabilité
Derrière ce refus se joue la crédibilité même de l'encyclopédie, l'une des dernières grandes « îles de contenu généré par des humains » du web. Le risque est double : du texte généré par IA inséré sans vérification injecterait des erreurs invisibles dans une référence consultée par des millions de personnes ; et ces contenus erronés alimenteraient ensuite l'entraînement des IA, créant une boucle d'autocontamination. En maintenant l'humain au centre, Wales défend moins une nostalgie technologique qu'un modèle de fiabilité fondé sur la délibération ouverte et la vérifiabilité.



