Le rail français s'ouvre, la SNCF s'inquiète
Le monopole historique de la SNCF appartient au passé. Le transport ferroviaire de voyageurs s'ouvre progressivement à la concurrence en France, sur les TGV comme sur les trains régionaux. Mais aux Rencontres économiques d'Aix, la direction de SNCF Voyageurs a fait entendre une inquiétude récurrente : celle de voir les nouveaux entrants ne cibler que les liaisons les plus rentables, rapporte BFM Business. (Le nom exact du dirigeant s'exprimant à Aix et la formulation précise de ses propos restent à confirmer.)
Qu'est-ce que l'« écrémage » ?
Le terme désigne une stratégie simple : se positionner sur les trajets qui rapportent — les grands axes à fort trafic — en délaissant les dessertes moins fréquentées et déficitaires. L'argument de la SNCF, développé de longue date, est le suivant : si des concurrents captent la partie la plus lucrative du marché, l'opérateur historique perd les marges qui lui permettent de faire tourner l'ensemble du système et de contribuer au financement du réseau. Un même trajet peut d'ailleurs être plus ou moins rentable selon qu'il dessert ou non des gares intermédiaires — d'où la crainte que certaines villes moyennes soient les grandes perdantes.
Un calendrier déjà engagé
L'ouverture n'a rien de théorique. Pour les trains régionaux (TER), les régions lancent des appels d'offres pour désigner l'exploitant de leurs lignes ; SNCF Voyageurs y répond, mais devra désormais compter avec des rivaux. Sur la grande vitesse, de nouveaux opérateurs sont déjà présents ou candidats : l'italien Trenitalia exploite ainsi une liaison Paris-Milan depuis plusieurs années, et l'espagnol Renfe lorgne le marché français. Le mouvement doit se poursuivre par étapes sur plus d'une décennie. (Les modalités et le calendrier précis par région sont documentés par les sources et restent, sur certains points, à préciser.)
L'enjeu caché : financer le réseau
Derrière la bataille commerciale se joue une question de fond : qui paiera l'entretien et la modernisation des voies ? Le réseau ferré français, vieillissant, exige des investissements massifs. Les recettes des lignes rentables y contribuent aujourd'hui largement. Une concurrence mal encadrée pourrait, selon la SNCF, fragiliser ce financement. D'où sa demande d'un cadre équitable — « les mêmes règles pour tout le monde » — en matière d'accès aux infrastructures et de péages.
Le pari du voyageur
Pour l'usager, l'ouverture à la concurrence est censée apporter plus de trains, plus de choix et, à terme, des prix plus attractifs — c'est le bilan observé sur certains axes déjà ouverts en Europe. Reste à concilier cet aiguillon concurrentiel avec l'aménagement du territoire et la desserte des zones les moins denses, mission de service public qui ne se plie pas à la seule logique de rentabilité. C'est tout l'enjeu des prochaines années pour le rail français. ActuBrief suivra ce dossier structurant.



