Faire théâtre de sa propre histoire

Au Festival d'Avignon, la comédienne Nathalie Taniélian transforme une expérience intime en matière de spectacle : cinquante ans de vie avec le syndrome Gilles de la Tourette, comme le raconte Le Monde. Sur scène, elle ne subit pas ce trouble : elle en fait le cœur d'un récit, où l'humour côtoie l'émotion et où la vulnérabilité devient force.

Comprendre le syndrome, sans caricature

Le syndrome Gilles de la Tourette est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par des tics moteurs (mouvements involontaires et soudains) et vocaux (sons ou mots émis sans contrôle). Souvent réduit, dans l'imaginaire collectif, aux seules vocalisations les plus spectaculaires, il reste mal connu et fréquemment caricaturé. C'est précisément ce malentendu que le spectacle entend combattre : en donnant à voir une réalité quotidienne, faite de contraintes mais aussi d'une vie pleine, l'artiste invite le public à dépasser les clichés.

Rire avec, pas se moquer de

Toute la finesse de la démarche tient dans ce déplacement du regard. Là où le tic pourrait prêter à la moquerie, la scène en fait un ressort de partage : on rit avec l'artiste, jamais à ses dépens. Ce type de témoignage, porté à la première personne, a une vertu que peu de discours possèdent — celle de rendre sensible une expérience de la différence, et de faire reculer, l'espace d'une représentation, la gêne et les préjugés.

L'esprit d'Avignon

Ce spectacle s'inscrit dans la vocation du plus grand rendez-vous théâtral français : offrir une tribune à des voix singulières et à des formes qui, du In au foisonnant Off, explorent l'intime comme le politique. Les œuvres qui parlent de handicap, de maladie ou de neurodiversité y trouvent une caisse de résonance précieuse, à l'heure où la société cherche à mieux inclure ces réalités. (Le détail de la programmation — lieu, dates et horaires exacts — est à vérifier auprès du festival.) Une invitation, en somme, à regarder autrement.