Un « triple-C », la note la plus basse de l'échelle
L'agence de notation financière MSCI a attribué à SpaceX un « triple-C » (CCC) sur ses critères ESG (environnement, social, gouvernance), soit l'échelon le plus bas de son barème, qui va de CCC (« retardataire ») à AAA (« leader »). La note a été publiée mi-juin, à la veille de l'introduction en Bourse de l'entreprise, rapporte le Financial Times. Le groupe — qui réunit l'activité de lancement, la constellation Starlink et la start-up d'IA xAI — « est à la traîne de son secteur en raison d'une forte exposition et d'une incapacité à gérer des risques ESG significatifs », a estimé MSCI selon Seeking Alpha.
La même note que la Russie
Le parallèle qui a fait le tour des rédactions tient à la comparaison : ce « triple-C » correspond, sur l'échelle souveraine de MSCI, à la note attribuée à l'État russe après l'invasion de l'Ukraine en 2022. La formule est frappante, mais à manier avec prudence : les méthodologies utilisées pour noter une entreprise et un État ne sont pas identiques, et le rapprochement porte sur le niveau de note plutôt que sur une équivalence stricte. Les scores détaillés évoqués par la presse (gouvernance autour de 3,2/10, « controverses » à 1/10) proviennent de reprises journalistiques du rapport et restent à confirmer auprès de la source primaire.
Une gouvernance concentrée autour de Musk
Le principal point noir concerne la gouvernance. Les analystes pointent une concentration du contrôle entre les mains des initiés, des droits limités pour les actionnaires minoritaires, de possibles conflits d'intérêts et une faible indépendance du conseil d'administration. L'opacité de l'entreprise — non cotée jusqu'ici, donc soumise à des obligations de transparence réduites — alimente la défiance des évaluateurs ESG, dont la méthode repose largement sur la qualité des informations publiées.
Ce que cela change pour les investisseurs
L'enjeu n'est pas seulement réputationnel. Les notations de MSCI sont utilisées comme référence par des investisseurs qui gèrent, à l'échelle mondiale, des milliers de milliards en intégrant des critères ESG. Concrètement, une note CCC peut conduire certains fonds à exclure une valeur de leurs portefeuilles labellisés « durables », ou à l'y intégrer avec une pondération réduite — un handicap au moment de séduire des investisseurs.
Elon Musk, lui, est un détracteur de longue date de ces notations : il avait qualifié l'ESG d'« arnaque » en 2022, après le retrait de Tesla de l'indice S&P 500 ESG. Reste que, pour une partie de la finance institutionnelle, ces notes continuent de servir de filtre — d'où l'attention portée à ce « triple-C » tombé au plus mauvais moment du calendrier.



