Pendant des décennies, c'était une institution marseillaise. Aujourd'hui, le Marché du Soleil incarne, pour la justice, l'un des plus gros foyers de contrefaçon du pays. Le procès qui s'est ouvert lundi 22 juin devant le tribunal correctionnel de Marseille, prévu pour durer une semaine, pourrait sceller la fermeture définitive de ce lieu emblématique.
Un bazar devenu plaque tournante
Installé près de la gare Saint-Charles, le Marché du Soleil est une galerie couverte abritant des dizaines d'échoppes ouvertes il y a plusieurs décennies dans un ancien entrepôt. On y trouvait de tout : vêtements, accessoires, articles du quotidien. Mais selon l'accusation, le commerce légal n'était plus que la façade d'un trafic massif.
Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a résumé l'enjeu en une formule reprise par la presse : le marché « était quasiment devenu le centre français de la contrefaçon ». Lors d'une vaste opération menée plus tôt dans l'année, les forces de l'ordre y ont saisi plus de 200 000 articles contrefaits, d'une valeur estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros : fausses baskets, sacs et accessoires siglés de grandes marques de luxe, maillots de football.
Les enquêteurs ont aussi mis au jour une véritable petite industrie : machines à coudre, presses à chaud et même outillage permettant d'apposer des logos, signe que les produits n'étaient pas seulement vendus mais parfois fabriqués sur place.
Dix-huit prévenus, des policiers mis en cause
Au total, dix-huit prévenus, dont des sociétés, comparaissent. Au premier rang figure la famille propriétaire des murs ; le fondateur, âgé de plus de 80 ans, se présente par la voix de son avocat comme un simple bailleur ayant « perdu la main » sur son affaire.
Parmi les autres mis en cause figurent une employée considérée par les enquêteurs comme la gérante de fait, des gardiens, trois policiers municipaux et un agent de préfecture. Les policiers sont soupçonnés d'avoir prévenu certains commerçants de l'imminence des contrôles, en échange de marchandises ; l'agent de préfecture est poursuivi pour corruption. Les chefs d'accusation sont lourds : production et vente en bande organisée de produits contrefaisants, blanchiment, extorsion et corruption.
La défense d'une « dame de fer »
L'audience a aussi mis en lumière la figure de l'employée présentée comme la responsable opérationnelle du marché. Sa défense conteste ce rôle de cheffe d'orchestre et insiste sur le climat de peur qui régnait, selon elle, dans la galerie. D'après le récit qu'en fait La Provence, elle décrit une emprise quasi mafieuse, allant jusqu'à affirmer que les contrefacteurs auraient été « capables de [la] tuer ».
Cet argument illustre la ligne de fracture du procès : l'accusation décrit un système structuré, profitant aux propriétaires des lieux ; plusieurs défenses renvoient à des acteurs extérieurs, violents et insaisissables, dont les prévenus se disent eux-mêmes les otages.
Un marché suspendu, des marques à l'affût
Le Marché du Soleil est déjà fermé par arrêté préfectoral, et la décision de justice à venir pourrait acter sa disparition pure et simple. Plusieurs grandes maisons de luxe se sont constituées parties civiles et réclameront des dommages et intérêts.
Au-delà du sort d'un lieu populaire, le procès interroge la responsabilité d'un propriétaire face à ce qui se trame entre ses murs, et la porosité, mise au jour par l'enquête, entre commerce illégal et agents chargés de le combattre. Le verdict est attendu à l'issue de la semaine d'audience.



