C'est l'un des textes les plus disputés de l'été. La loi d'urgence agricole, surnommée « nouvelle loi Duplomb », approche de son vote final au Parlement, sur fond de vive contestation, rapporte franceinfo.
Un vote décisif à venir
Après l'accord trouvé en commission mixte paritaire, qui a permis aux deux chambres de s'entendre sur une version commune, le texte revient devant les députés puis les sénateurs pour un ultime vote, rappelle franceinfo. Ce sont ces scrutins qui scelleront, ou non, l'adoption définitive de la loi.
L'issue s'annonce serrée. Le compromis a été trouvé grâce aux voix de la droite et du centre, mais l'opposition reste vive à gauche, et une partie de la majorité présidentielle s'est montrée réservée. Chaque élu se retrouve donc, selon les mots de la députée LFI Aurélie Trouvé, « mis devant ses responsabilités ».
Le retour d'un pesticide interdit
Au cœur des crispations, la réintroduction de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, interdit en France depuis 2018 en raison de sa toxicité pour les abeilles et les pollinisateurs. Le texte prévoit de pouvoir en réautoriser l'usage, de façon encadrée, pour certaines cultures en difficulté.
Ce n'est pas la première tentative. Une disposition similaire figurait dans la loi Duplomb, mais elle avait été censurée par le Conseil constitutionnel à l'été 2025, au nom de la protection de l'environnement. En la faisant réapparaître, ses partisans espèrent cette fois passer l'obstacle, quitte à raviver la bataille. Médecins et scientifiques continuent d'alerter sur les risques sanitaires de cette substance.
Mégabassines et gestion de l'eau
L'autre volet sensible concerne l'eau. Le texte facilite le développement des réserves de stockage destinées à l'irrigation, les mégabassines, et prévoit d'augmenter fortement les capacités dans les années à venir. Il allège aussi certaines procédures de consultation du public.
Pour ses défenseurs, ces mesures sont vitales face au changement climatique et à la concurrence, afin de sécuriser l'accès à l'eau des agriculteurs. Pour ses opposants, elles risquent d'accaparer une ressource commune au profit de quelques-uns, dans un contexte de sécheresses à répétition.
Une opposition mobilisée
La contestation dépasse largement l'hémicycle. Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, va jusqu'à qualifier le texte de « loi criminelle », dénonçant un recul sanitaire et environnemental. La gauche et les écologistes appellent à son rejet, tandis que la mobilisation citoyenne reste forte, dans le prolongement de la pétition qui avait rassemblé plus de deux millions de signatures contre la loi Duplomb.
Face à eux, une partie du monde agricole et de ses représentants soutient un texte présenté comme une bouffée d'oxygène pour des exploitations en crise. C'est tout l'enjeu de ce vote : arbitrer entre le soutien à une agriculture en difficulté et les exigences de santé publique et de protection de l'environnement.
Et après ?
Même une fois voté, le texte ne serait pas au bout de son parcours. Un nouveau recours devant le Conseil constitutionnel apparaît probable, notamment sur le volet pesticides, qui a déjà connu une censure. L'adoption ne clôturerait donc pas nécessairement la controverse.
Ce dossier, devenu emblématique, cristallise un affrontement de fond sur le modèle agricole français et sur la place accordée à l'environnement. Quelle que soit l'issue du vote, il aura durablement marqué le débat public de cet été.



