Le 15 juillet 1992, Rachel Nickell, 23 ans, est tuée de plusieurs dizaines de coups de couteau alors qu'elle se promène sur Wimbledon Common, à Londres. Son fils Alex, deux ans, est le seul témoin. Plus de trois décennies plus tard, Netflix exhume l'affaire dans le documentaire Le Meurtre de Rachel Nickell, mis en ligne début juin 2026. Le récit n'est pas seulement celui d'un crime : c'est l'autopsie d'une enquête égarée pendant seize ans.

Un piège qui se retourne

Faute d'indices matériels, la police se tourne vers le profilage. Le portrait dressé du suspect idéal correspond à Colin Stagg, un habitué des lieux. S'ensuit une opération sous couverture restée tristement célèbre : une policière, sous fausse identité, engage avec lui une correspondance à connotation amoureuse pour lui soutirer des aveux. Il ne passera jamais à table. Arrêté malgré tout, il voit en 1994 un juge écarter le dossier, dénonçant des méthodes assimilables à un piège. Stagg sera blanchi puis indemnisé (environ 706 000 livres) — une somme dérisoire au regard d'une réputation détruite.

Le vrai coupable, identifié trop tard

En 2002, de nouvelles analyses ADN relient des traces de la scène à Robert Napper, déjà incarcéré pour d'autres meurtres. En décembre 2008, il plaide coupable d'homicide pour responsabilité atténuée et est interné à l'hôpital de haute sécurité de Broadmoor, où il se trouve toujours. Le détail le plus glaçant : la police aurait pu l'appréhender dès la fin des années 1980, dans le cadre d'une autre enquête, avant qu'il ne tue d'autres femmes.

Pourquoi l'affaire reste marquante

Ce qui distingue ce dossier, c'est le double échec : un innocent broyé, un coupable laissé en liberté. Le film donne aussi la parole à la famille, le père ayant choisi de protéger Alex plutôt que de l'exposer. À l'heure où le true crime sature les plateformes, ce documentaire évite la complaisance pour interroger les certitudes policières et les ravages d'une enquête menée à l'envers. Une leçon qui dépasse le fait divers.