Il y a des lieux qui, à Paris, semblent traverser les siècles sans une ride. Le Cirque d'hiver Bouglione, posé entre la République et la Bastille dans le 11e arrondissement, en fait partie. Pourtant, derrière ses murs ocre se cachaient des trésors oubliés. C'est précisément pour les ramener à la lumière que la célèbre salle a entrepris une vaste restauration, destinée à lui rendre son « lustre d'origine ».

Une archéologie décorative sous les projecteurs

Le principe du chantier tient en une idée simple : retrouver le cirque tel que les Parisiens le découvrirent lors de son inauguration, en décembre 1852. Sous des décennies de repeints, des fresques murales du XIXe siècle ont été redécouvertes, dont une datée de 1852. Une véritable archéologie décorative, qui s'accompagne de la rénovation des murs, de la fameuse piste, du renouvellement des fauteuils et d'une mise à niveau technique. La maîtrise d'œuvre aurait été confiée à l'architecte-décorateur Stéphane Millet (À VÉRIFIER), pour une opération s'étalant sur plusieurs années et au coût non communiqué (À VÉRIFIER). Subtilité du projet : le Cirque d'hiver ne ferme pas — les travaux se glissent entre les représentations, lors des jours de relâche.

Un monument né avec le Second Empire

Le bâtiment est l'œuvre de l'architecte Jacques-Ignace Hittorff, à qui l'on doit aussi la gare du Nord. Inauguré le 11 décembre 1852, il prit d'abord le nom de Cirque Napoléon : Louis-Napoléon Bonaparte venait de se proclamer empereur neuf jours plus tôt. Sa silhouette singulière — un polygone à vingt côtés de 42 mètres de diamètre, coiffé d'une coupole — en fait un chef-d'œuvre d'architecture en fer, classé monument historique (date exacte À VÉRIFIER).

De Pasdeloup à la « Piste aux étoiles »

L'histoire du lieu déborde la seule piste. Dès 1861, le chef d'orchestre Jules Pasdeloup y donnait ses « Concerts populaires », démocratisant la musique symphonique. Entre 1907 et 1923, la salle se mua en cinéma. Puis, de 1954 à 1978, des générations de téléspectateurs s'y retrouvèrent devant l'émission « La Piste aux étoiles ». Depuis 1934, c'est la dynastie Bouglione qui veille sur ces lieux, dont elle est toujours propriétaire et exploitante.

Un repère vivant du Paris culturel

Dans une Europe où les cirques en dur encore en activité se comptent sur les doigts d'une main, le Cirque d'hiver fait figure de survivant flamboyant. En choisissant de restaurer plutôt que de figer, la maison Bouglione affirme une conviction : le patrimoine n'est pas un musée poussiéreux, mais une scène bien vivante. Bientôt, les spectateurs pourront lever les yeux vers des fresques que personne n'avait vues depuis l'enfance du lieu — une manière, sous la coupole, de faire dialoguer 1852 et aujourd'hui.