Les communes françaises ont rarement autant dépensé pour leurs équipements qu'au cours des dernières années du mandat municipal. Écoles rénovées, voirie, réseaux d'eau, bâtiments mis aux normes énergétiques : à l'approche des élections de mars 2026, les exécutifs locaux ont accéléré pour livrer leurs projets avant de rendre les clés. Mais cet effort a un revers : un endettement qui repart à la hausse.

Un pic d'investissement nourri par le calendrier

Selon la Cour des comptes, les collectivités ont porté leurs dépenses d'investissement à 77,4 milliards d'euros en 2024, en hausse de 6,8 %, une dynamique « portée notamment par l'approche des élections municipales ». Pour 2025, la note de conjoncture de La Banque Postale, réalisée avec l'observatoire des finances locales (OFGL), table sur un investissement dépassant 80 milliards d'euros, tiré par le bloc communal.

Ce profil n'a rien d'un hasard. Le « cycle électoral » des communes est bien documenté : les dépenses d'équipement montent en puissance au fil du mandat, culminent juste avant le scrutin, puis chutent l'année de l'élection, le temps que les nouvelles équipes lancent leurs projets.

La dette comme variable d'ajustement

Pour financer cette poussée, les communes ont puisé dans leur trésorerie et emprunté davantage. La Cour des comptes relève qu'en 2024 le besoin de financement des collectivités a plus que doublé, atteignant 11,4 milliards d'euros, soit 0,4 % du PIB. L'OFGL anticipe pour 2025 un recours supplémentaire à l'endettement de l'ordre de 8,5 milliards d'euros. La situation reste qualifiée de « solide » par la Cour — l'épargne demeure « deux fois supérieure au seuil d'alerte » —, mais l'« effet de ciseaux » inquiète : des dépenses dynamiques face à des recettes qui progressent moins vite.

Coûts en hausse, dotations sous pression

Plusieurs causes se cumulent au-delà du calendrier. L'inflation des coûts de construction et de l'énergie a renchéri chaque chantier. Surtout, l'État resserre les robinets : la prospective publiée par La Banque Postale et l'AMF intègre, dans le scénario du projet de loi de finances 2026, une baisse marquée de l'épargne brute des communes. La Cour des comptes cite aussi la hausse des contributions aux retraites de la fonction publique.

Un mandat 2026 sous tension

Le risque est double. Après le pic d'investissement pré-municipal, un « trou d'air » menace au début du prochain mandat, au moment où les besoins de transition écologique deviennent structurels. Les nouvelles équipes municipales hériteront d'équipements neufs, mais aussi d'annuités d'emprunt à honorer et de marges de manœuvre plus étroites. L'enjeu se résume désormais à une équation : continuer d'investir sans laisser filer une dette qui, jusqu'ici, restait l'un des points forts du modèle français.