Il a toujours préféré le second rang. Tandis que Damon Albarn jouait les frontmen et incarnait le visage souriant de la britpop, Graham Coxon, lui, grattait ses cordes en retrait, lunettes sur le nez, méfiant envers une industrie qu'il jugeait clinquante. En 2026, ce guitariste réputé discret se retrouve pourtant au centre de l'attention : il transforme ses archives en véritable trésor.
Un album fantôme sorti des tiroirs
Le 19 juin 2026, Coxon a publié Castle Park, un album solo resté inédit depuis quinze ans. Enregistré en 2011 lors des sessions de son disque A+E, il devait à l'origine en être la suite, avant que la reprise d'activité de Blur en 2012 ne le relègue au placard, selon son label Transgressive. Dix compositions y déploient une veine mod assumée. Aux manettes, on retrouve Ben Hillier, producteur de Think Tank, l'album de Blur justement paru sans Coxon — clin d'œil savoureux pour un disque qui ressurgit du même tournant biographique.
Toute une carrière solo remise en lumière
Castle Park n'est que la pièce maîtresse d'un chantier plus large. Coxon a lancé une réédition complète de son catalogue en solitaire, soit neuf albums studio et trois bandes originales, échelonnée sur douze mois. La campagne s'est ouverte le même jour avec The Sky Is Too High (1998), son tout premier essai en solo, et The Golden D (2000). Suivront notamment Happiness In Magazines (2004) et A+E (2012), ainsi que ses musiques pour la série The End of the F*ing World. Une œuvre parallèle souvent méconnue, où Coxon joue et produit lui-même la quasi-totalité des instruments.
L'âme bruitiste de la britpop
Remettre ces disques dans la lumière, c'est rappeler combien la signature sonore de Blur lui doit. Face au rock conquérant d'Oasis, la bande d'Albarn cultivait l'art-rock, le bruit et l'ironie : une bonne part de cette aspérité venait des guitares anguleuses de Coxon. Même Noel Gallagher le tient pour l'un des guitaristes les plus talentueux de sa génération. Fondateur du groupe, Coxon avait quitté Blur en 2002 sur fond d'alcoolisme et de tensions, avant de revenir pour les retrouvailles de 2009 puis l'album The Magic Whip en 2015.
Le retour sur scène d'un solitaire
L'opération s'accompagne d'un geste rare : un concert au O2 Forum Kentish Town de Londres, le 28 novembre 2026, sa première prestation solo en groupe complet depuis plus de dix ans. Pour un musicien qui n'a jamais aimé la lumière, exhumer ses trésors enfouis et remonter sur scène ressemble à une forme d'apaisement avec son propre passé.



