Nos forêts vont mal, et cela s'accélère. Depuis une dizaine d'années, la mortalité des arbres a nettement augmenté en France, un phénomène que les spécialistes relient à des « anomalies climatiques », rapporte Le Parisien.
Un affaiblissement en chaîne
Le mécanisme n'est pas celui, spectaculaire, d'un arbre foudroyé. Il est plus insidieux : ce sont les sécheresses et canicules répétées qui, année après année, épuisent les arbres. Privés d'eau, stressés par la chaleur, ils puisent dans leurs réserves, referment leurs pores, ralentissent leur croissance. Affaiblis, ils deviennent alors des proies faciles pour les maladies et les insectes ravageurs.
C'est cet enchaînement, plus qu'un événement isolé, qui explique la hausse des dépérissements observée sur le terrain. L'Office national des forêts (ONF) documente ainsi, depuis plusieurs années, des surfaces croissantes de forêts en souffrance.
Épicéas, hêtres, frênes : les plus touchés
Certaines essences paient un tribut particulièrement lourd. L'épicéa, très présent en moyenne montagne, est ravagé par les scolytes, ces petits insectes qui prolifèrent à la faveur d'arbres affaiblis et d'étés chauds, provoquant des mortalités massives depuis 2018. Le hêtre, longtemps considéré comme robuste, montre des signes de dépérissement dans plusieurs régions lors des étés secs. Le frêne, lui, est frappé par une maladie, la chalarose, qui aggrave encore son recul.
Des espèces que l'on croyait stables changent ainsi de statut en quelques années, obligeant les forestiers à revoir leurs certitudes.
Des conséquences qui dépassent la forêt
Cette mortalité accrue ne concerne pas que les arbres. Elle affaiblit le rôle des forêts comme puits de carbone : plus les arbres meurent, moins ils absorbent de CO2, au moment précis où l'on compte sur eux pour lutter contre le réchauffement. Selon les travaux de l'INRAE, la capacité des forêts françaises à stocker le carbone s'est nettement réduite ces dernières années.
Les arbres morts ou desséchés augmentent aussi le risque d'incendie, particulièrement dans le sud. Pour la filière bois, habituée à des volumes prévisibles, ces bouleversements créent de l'incertitude. Et la disparition de certaines essences appauvrit la biodiversité des massifs.
Adapter la forêt de demain
Face à ce constat, la réponse s'organise autour d'un mot d'ordre : la résilience. Les gestionnaires misent sur la diversification des essences, en privilégiant des variétés mieux adaptées à un climat plus chaud et plus sec, et sur une sylviculture plus souple, qui laisse davantage de place à la régénération naturelle.
L'enjeu est de taille, car une forêt ne se façonne pas en quelques saisons, mais sur des décennies. Les choix faits aujourd'hui dessineront les paysages, et la capacité des forêts à rendre leurs services, pour les générations à venir. Le défi, désormais, n'est plus seulement de protéger les forêts existantes, mais de les préparer à un climat qui, lui, a déjà changé.



