Derrière le débat abstrait sur la fin de vie, il y a des visages. Celui de Charles Biétry, journaliste et ancien patron des sports de Canal+, en est un. Atteint de la maladie de Charcot, il vient d'annoncer qu'il renonçait à aller mourir en Suisse, après le vote de la loi française sur l'aide à mourir, rapporte Le Parisien.

Une figure du journalisme sportif

Charles Biétry a marqué l'histoire de la télévision française. Pendant de longues années, il a dirigé le service des sports de Canal+, contribuant à faire du sport un rendez-vous majeur de la chaîne. Son parcours l'a aussi conduit, brièvement, à la présidence du Paris Saint-Germain, à la fin des années 1990. Une personnalité connue, dont la parole porte.

Depuis plusieurs années, il est atteint de la sclérose latérale amyotrophique, la maladie de Charcot, une affection neurodégénérative qui prive peu à peu le malade de ses capacités, jusqu'à la parole. Devenu l'une des voix du combat pour le droit à mourir dignement, il avait interpellé les parlementaires, les exhortant à ne pas tarder, rappelle franceinfo, « car les malades n'en ont pas beaucoup ».

Un projet suisse, puis un revirement

Face à l'absence de cadre légal en France, Charles Biétry s'était résolu à envisager un suicide assisté en Suisse, où la pratique est autorisée. Un « exil » pesant, que nombre de malades ont dû, avant lui, envisager faute d'autre issue dans leur propre pays.

L'adoption de la loi, le 15 juillet, a tout changé pour lui. « Les députés ont changé le cours de ma mort », a-t-il réagi, annonçant qu'il ne partirait plus mourir à l'étranger. Il a dit vouloir attendre, chez lui, le moment où les souffrances deviendraient insupportables, pour exercer alors, en France, ce nouveau droit. Un apaisement, pour cet homme qui souhaite finir sa vie entouré des siens plutôt que loin de chez lui.

Un droit encore suspendu

Une nuance d'importance demeure toutefois. La loi votée par le Parlement n'est pas encore applicable : elle doit d'abord passer l'examen du Conseil constitutionnel, saisi notamment par le Premier ministre et le président du Sénat, avant toute promulgation. Les décrets d'application prendront eux aussi du temps.

Autrement dit, l'espoir exprimé par Charles Biétry reste, pour l'heure, suspendu à ces étapes. Son témoignage n'en illustre pas moins, de façon poignante, ce que représente concrètement cette réforme pour les personnes confrontées à une maladie incurable. Derrière les débats de principe et les batailles de procédure, il y a l'attente très concrète de celles et ceux pour qui chaque jour compte.