C'est une page de l'industrie automobile française qui se referme. Le site de Stellantis à Douvrin, dans le Pas-de-Calais, l'ancienne « Française de Mécanique », fermera ses portes le 30 octobre, rapporte BFMTV. Avec lui disparaît un géant discret, longtemps resté dans l'ombre.
Un champion méconnu
Née à la fin des années 1960 comme coentreprise entre Renault et Peugeot, la Française de Mécanique s'est imposée pendant des décennies comme l'une des grandes usines de moteurs du pays. Loin des projecteurs, elle fournissait en motorisations une bonne partie des voitures qui roulaient sur les routes françaises et européennes.
Le chiffre donne le vertige : en près de soixante ans, le site aura produit quelque 40 millions de moteurs. Une cadence industrielle massive, qui a fait de ce coin du Pas-de-Calais l'un des cœurs battants, mais peu visibles, de l'automobile hexagonale.
Le moteur d'une légende du cinéma
Douvrin doit aussi une part de sa notoriété à une voiture entrée dans la légende. Le fameux V6 dit « PRV », fruit d'une coopération entre Peugeot, Renault et le suédois Volvo, y a été fabriqué, rappelle L'Usine Nouvelle. Or c'est ce moteur qui équipait la DeLorean DMC-12, la voiture au capot papillon devenue mythique grâce à la trilogie « Retour vers le futur ».
Autrement dit, derrière l'un des véhicules les plus célèbres du cinéma se cachait un moteur bien français, assemblé dans le Pas-de-Calais. Un clin d'œil qui, à l'heure de la fermeture, ajoute une note nostalgique au destin du site.
Une fermeture qui dit le tournant de l'automobile
Au-delà de l'anecdote, l'arrêt de Douvrin illustre la mutation profonde du secteur. L'usine produisait des moteurs thermiques, dont la demande recule à mesure que l'industrie bascule vers l'électrique. C'est cette bascule, autant que des impératifs de rentabilité, qui a scellé le sort du site.
Le volet social est au cœur des préoccupations. Plusieurs dizaines de salariés sont encore concernés par la fermeture, et les syndicats, la CGT en tête, ont dénoncé les conséquences de cette décision sur l'emploi local. La question du reclassement de chacun reste posée.
L'électrique pour prendre le relais
Tout le site ne disparaît pas pour autant. Juste à côté, une usine de batteries portée par ACC (Automotive Cells Company), coentreprise associant notamment Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, incarne le pari de la reconversion vers la mobilité électrique. Une partie des anciens salariés de Douvrin s'y sont déjà tournés.
Reste que cette transition demeure fragile, l'activité batteries montant encore en puissance. Pour les ouvriers qui franchiront une dernière fois les portes de l'usine le 30 octobre, la promesse électrique ne suffit pas à effacer la fin d'une époque. Quelque part sur les routes du monde, pourtant, une DeLorean continuera de rouler, petit monument ambulant d'un savoir-faire né à Douvrin.



