L'ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a été condamné, lundi 22 juin 2026, pour avoir diffamé un magistrat, Édouard Levrault, rapporte Le Progrès. Ancien avocat pénaliste de renom puis ministre de la Justice, l'ex-garde des Sceaux voit ainsi sa responsabilité reconnue dans un litige qui l'oppose depuis une décennie à ce juge.
Ce que reproche la justice
Les poursuites visaient des propos tenus dans son spectacle « J'ai dit oui », joué début 2025, et repris dans l'ouvrage du même nom. Sur scène et à l'écrit, l'ancien ministre affirmait, selon la partie civile, qu'Édouard Levrault aurait « allègrement violé le secret de l'instruction » dans une affaire dont il avait la charge. Le magistrat, ancien juge d'instruction détaché à Monaco, avait porté plainte pour diffamation, estimant ces accusations attentatoires à son honneur, d'autant qu'il avait été mis hors de cause par le Conseil supérieur de la magistrature.
Une condamnation de première instance
Le tribunal correctionnel de Paris a retenu la diffamation. Le détail de la peine — amende et éventuels dommages et intérêts — reste à confirmer précisément ; en matière de diffamation, la loi de 1881 prévoit principalement une peine d'amende, sans emprisonnement. Il s'agit d'un jugement de première instance : l'ancien ministre, comme la partie civile, dispose d'un délai pour faire appel. La décision n'est donc pas définitive.
Dix ans de bras de fer
Cette affaire s'inscrit dans un long contentieux. Avocat, Éric Dupond-Moretti avait accusé Édouard Levrault de manquements dans un dossier instruit à Monaco. Devenu ministre, il avait diligenté une enquête administrative visant plusieurs magistrats, dont Levrault — démarche qui lui avait valu d'être renvoyé devant la Cour de justice de la République (CJR) pour prise illégale d'intérêts, procès dont il était ressorti relaxé en 2023. L'État avait par ailleurs été condamné pour « faute » dans le traitement réservé à ces magistrats.
Une portée symbolique
Qu'un ancien ministre de la Justice — et l'un des avocats les plus connus de France — soit reconnu coupable d'avoir diffamé un magistrat n'est pas anodin. La fonction de garde des Sceaux suppose la protection de l'indépendance des magistrats ; voir son ancien titulaire condamné pour des propos visant l'un d'eux entretient une portée hautement symbolique. La décision rappelle aussi que la liberté de ton d'un spectacle ne met pas à l'abri des règles de la diffamation. Le dernier mot pourrait toutefois revenir à la cour d'appel.



