C'est un pan du patrimoine industriel français qui s'éteint. Darquer, présentée comme la plus ancienne fabrique de dentelle de Calais, cesse définitivement son activité, rapporte franceinfo. Avec elle disparaissent des emplois, mais aussi un savoir-faire séculaire.
Près de deux siècles d'histoire
Fondée dans la première moitié du XIXe siècle, la maison Darquer a traversé les époques en cultivant l'excellence. Sa spécialité : la dentelle de Calais, ce textile d'une finesse rare, tissé sur les mythiques métiers Leavers, ces imposantes machines en fonte venues d'Angleterre. Un procédé unique, capable de produire des motifs d'une délicatesse que nulle production industrielle standard n'égale.
Pendant des générations, la dentelle calaisienne a habillé la haute couture, la lingerie de luxe et les grandes maisons de mode, en France comme à l'étranger. Elle était un symbole du raffinement à la française, un produit d'exception dont Calais tirait une fierté légitime.
Un savoir-faire menacé de disparition
La fermeture de Darquer marque la fin d'une entreprise, mais elle inquiète surtout pour ce qu'elle représente. Faire tourner les métiers Leavers exige des compétences très spécifiques, transmises de main en main, que la disparition des ateliers rend impossibles à perpétuer. Chaque fermeture emporte ainsi une part d'un patrimoine technique irremplaçable, comme le souligne la presse spécialisée.
Calais, qui comptait des centaines de fabriques dentellières au début du XXe siècle, n'en abrite plus qu'une poignée. Une à une, les manufactures historiques ont baissé le rideau, victimes d'une longue érosion. La dentelle de Calais-Caudry a pourtant obtenu ces dernières années une indication géographique, censée protéger ce label et son authenticité. Manifestement, ce bouclier n'a pas suffi.
Une filière laminée par la concurrence
Les raisons de ce déclin sont d'abord économiques. La dentelle traditionnelle, longue et coûteuse à produire, ne peut rivaliser en prix avec les dentelles tricotées fabriquées en masse, souvent à l'étranger, à des cadences et à des coûts sans comparaison. Le prestige et la qualité ne suffisent plus, à eux seuls, à assurer la survie commerciale de ces maisons.
À cela s'ajoutent les difficultés propres au secteur textile : marché de niche, débouchés fragiles, coûts de production élevés. Autant de facteurs qui, cumulés, finissent par avoir raison même des noms les plus anciens et les plus réputés.
Sauver ce qui peut l'être
La disparition de Darquer relance la question, récurrente, de la préservation des savoir-faire d'exception français. Comment maintenir vivante une compétence qui ne trouve plus assez de marché pour se financer ? Faut-il muséifier, subventionner, réinventer les débouchés ?
Le sujet dépasse la seule dentelle : il touche à l'ensemble des métiers d'art et du patrimoine industriel, ces trésors discrets qui font aussi la singularité de la France. Chaque atelier qui ferme rappelle l'urgence d'y réfléchir, avant que le dernier métier ne s'arrête pour de bon. Pour Calais, capitale historique de la dentelle, c'est une page douloureuse qui se tourne.



