Chaque mois de juin, la petite cité médiévale de Clisson (Loire-Atlantique) bascule dans un autre monde. Croix inversées, pyrotechnie et riffs saturés : le Hellfest, plus grand festival de metal de France, déroule sa réputation de « festival de l'enfer ». À quelques centaines de mètres des scènes, une autre institution veille pourtant, plus discrète : l'église paroissiale. Et son curé n'a pas l'intention de fuir.

Un prêtre qui ne craint pas les flammes

Le curé de la paroisse cultive un regard étonnamment serein sur l'événement. L'imagerie démoniaque, les pochettes provocantes, les noms de groupes blasphématoires ? « Ça ne me pose aucun problème ! Je n'ai rien à craindre », confie-t-il à ICI (ex-France Bleu). Loin de l'anathème, il préfère analyser le phénomène comme une « contre-culture » : « pour qu'une contre-culture existe, il faut bien qu'il y ait une culture quelque part », glisse-t-il, non sans humour.

Le prêtre n'a jamais foulé l'enceinte du festival — faute de billet, le sésame valant son prix. Mais l'idée ne lui déplaît pas. Interrogé par franceinfo, il se dit prêt à « franchir les portes de l'enfer » si on lui offrait l'entrée, pour voir « comment ça fonctionne ». La curiosité l'emporte sur la diabolisation.

« Croiser Jésus » entre deux scènes

La formule qui colle à l'affaire — aller « croiser Jésus au Hellfest » — n'est pas qu'une boutade. Sur le site même du festival, la foi chrétienne a bel et bien planté sa tente. Depuis 2017, l'association d'évangélisation Metal Mission arpente les allées de Clisson, et une petite « chapelle » d'aumônerie y est installée depuis 2022, comme le rapporte Évangéliques.info. Une dizaine d'évangélistes, tous issus de la culture metal, y proposent écoute, prière et discussions.

Il s'agit toutefois d'une initiative protestante évangélique, distincte de la paroisse catholique du curé. Le Hellfest n'organise pas de « messe metal » officielle, contrairement à une légende tenace : le terme de « grand-messe » relève de la métaphore que les festivaliers appliquent eux-mêmes à leur rassemblement.

Des metalleux dans les travées de l'église

Le plus savoureux se joue peut-être hors festival. Le curé raconte voir, certains dimanches, des silhouettes vêtues de noir et de cuir pousser la porte de son église. Pas pour provoquer : « ils viennent profiter du silence, du calme », observe-t-il. Le sanctuaire offre un contrepoint bienvenu au déferlement sonore qui gronde à deux pas. Le prêtre ne perd pas pour autant sa prudence pastorale : « Il ne faut pas trop jouer avec le feu », tempère-t-il.

Vingt ans de cohabitation

Le Hellfest, qui rassemble des dizaines de milliers de festivaliers par jour sur un vaste site, double presque, le temps d'un week-end, la population du secteur. Entre la cité du metal et la cité de l'église, la coexistence, vingt ans après la première édition, semble s'être muée en une forme de respect mutuel — teinté, côté presbytère, d'une bonne dose d'autodérision.