Quand le thermomètre s'emballe, les Ehpad français basculent dans une routine de guerre contre la chaleur. Dans les couloirs, les soignants ne se contentent plus de proposer à boire : ils notent. Chaque verre d'eau avalé, chaque bol de soupe froide terminé est consigné, résident par résident. L'objectif est simple et vital : s'assurer qu'aucune personne âgée ne glisse vers la déshydratation sans que personne ne s'en aperçoive.

Pourquoi les aînés sont en première ligne

Le corps des personnes âgées encaisse mal la chaleur. La sensation de soif y est souvent retardée et atténuée, si bien qu'un résident peut accumuler un déficit hydrique important sans réclamer à boire. À cela s'ajoutent fréquemment traitements, troubles cognitifs et pathologies chroniques. Le coup de chaleur, lui, ne pardonne pas : température corporelle supérieure à 39 °C, peau chaude et sèche, confusion, parfois perte de connaissance, rappelle l'Assurance Maladie.

L'ombre de 2003

Si les établissements appliquent ces consignes avec autant de rigueur, c'est que la mémoire d'août 2003 reste vive. La canicule de cet été-là a provoqué près de 15 000 décès supplémentaires en France métropolitaine, les plus de 75 ans représentant environ 82 % des victimes, avec une surmortalité marquée en maisons de retraite et à domicile. Cette crise a accouché du « plan bleu », obligatoire dans chaque Ehpad : un dispositif qui détaille à l'avance qui fait quoi dès que l'alerte tombe.

Hydratation tracée, pièces rafraîchies

Sur le terrain, le protocole d'hydratation, validé par le médecin coordonnateur, vise à garantir au moins 1,5 litre de liquide par jour et par résident — eau, boissons aromatisées, soupes froides, fruits gorgés d'eau. D'où ce comptage minutieux : tracer chaque prise permet de repérer immédiatement celui ou celle qui boit trop peu.

La réglementation impose par ailleurs une « pièce rafraîchie », où chaque résident doit pouvoir passer au moins trois heures par jour, maintenue autour de 25 à 26 °C. Les équipes adaptent aussi les horaires : volets fermés aux heures chaudes, brumisation du visage et des avant-bras, sorties évitées en pleine journée.

Une vigilance graduée

L'alerte repose sur quatre niveaux de vigilance Météo-France — vert, jaune, orange, rouge. À chaque cran, le dispositif monte d'un ton : circuit d'alerte vers la direction d'astreinte, soignants briefés sur les signes de danger, surveillance resserrée. Pour les familles comme pour les particuliers, le numéro vert Canicule info service (0 800 06 66 66) reste accessible tout l'été. Derrière la comptabilité des verres et des bols se joue une promesse simple : que la chaleur de l'été 2026 ne redevienne jamais celle de 2003.