Avec la vague de chaleur exceptionnelle qui frappe la France, une question revient chez de nombreux salariés : peut-on légalement cesser le travail quand il fait trop chaud ? La réponse mêle obligations renforcées pour les employeurs et un débat politique naissant. Trois questions pour y voir clair.
Que doit faire l'employeur ?
Depuis l'entrée en vigueur, le 1er juillet 2025, d'un nouveau cadre réglementaire, la chaleur est traitée comme un risque professionnel à part entière, que l'employeur doit prendre en compte dès la vigilance de Météo-France. Selon le Code du travail numérique, il doit évaluer le risque lié à la chaleur (en intérieur comme en extérieur), l'inscrire dans le document unique (DUERP), mettre à disposition « une quantité suffisante d'eau potable fraîche » et prendre des mesures adaptées : aménagement des horaires, pauses supplémentaires, dispositifs limitant la chaleur. En cas de manquement, l'inspection du travail peut le mettre en demeure de se conformer à ses obligations.
Un salarié peut-il refuser de travailler ?
C'est l'idée reçue la plus répandue. Il n'existe pas, en droit français, de température au-delà de laquelle le travail s'arrête automatiquement. Le salarié dispose d'un droit de retrait : il peut quitter son poste s'il a « un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent ». Mais la chaleur seule ne suffit pas, en principe, à le justifier automatiquement : la situation s'apprécie au cas par cas (intensité, nature des tâches, état de santé, mesures déjà prises). Un retrait jugé injustifié peut exposer le salarié à des conséquences. Un dispositif existe en revanche dans le BTP : le régime de chômage intempéries, qui indemnise l'arrêt des chantiers — son application précise aux fortes chaleurs restant à confirmer.
Et le « congé climatique » ?
Il faut le dire clairement : à ce jour, aucun « congé climatique » légal généralisé n'existe en France. Le terme désigne une proposition politique. Le 21 juin 2026, en pleine canicule, Les Écologistes ont lancé une pétition réclamant la création d'un congé climatique « jusqu'à 5 jours » par an, pour faire face à une canicule, une inondation ou un incendie sans perte de revenus — en visant particulièrement les travailleurs exposés (livreurs, aides à domicile, BTP, agriculture). La proposition s'inspire de l'Espagne, qui a adopté fin 2024 un congé payé pouvant aller jusqu'à quatre jours en cas d'alerte météo. Mais tant qu'aucun texte n'est voté, les salariés français n'en disposent pas : c'est le cadre existant — obligations de l'employeur, droit de retrait, dialogue avec le CSE et l'inspection du travail — qui s'applique.



