Le cinéma perd l'un de ses visages les plus attachants. L'actrice irlandaise Brenda Fricker est morte à l'âge de 81 ans, annonce franceinfo. Le grand public la connaissait surtout pour un rôle bref mais indélébile ; les cinéphiles, pour un Oscar mérité.
Une pionnière du cinéma irlandais
Née à Dublin en 1945, Brenda Fricker a mené une longue carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision. Son nom restera attaché à une distinction rare : elle fut la première actrice irlandaise à remporter un Oscar, rappelle l'Irish Times.
Elle décroche cette récompense en 1990, celle du meilleur second rôle féminin, pour son interprétation dans « My Left Foot » (« Mon pied gauche »). Dans ce film de Jim Sheridan, elle incarne la mère de Christy Brown, artiste irlandais atteint d'un lourd handicap, joué par Daniel Day-Lewis, lui aussi oscarisé pour ce rôle. Une performance tout en retenue et en dignité, saluée par la profession.
L'inoubliable « dame aux pigeons »
Mais si le nom de Brenda Fricker parle à des millions de spectateurs à travers le monde, c'est grâce à un tout autre registre. En 1992, dans « Maman, j'ai encore raté l'avion », elle incarne la mystérieuse « dame aux pigeons » de Central Park, personnage à l'allure inquiétante mais au grand cœur, qui se lie d'amitié avec le petit Kevin, perdu dans New York.
Ce rôle, court, en marge de l'intrigue, est devenu culte. Il illustre le talent de l'actrice pour donner, en quelques scènes, une profonde humanité à un personnage secondaire. Pour toute une génération biberonnée à ce film de Noël, elle restera à jamais cette silhouette solitaire nourrissant ses pigeons.
Une présence familière du petit écran
Le parcours de Brenda Fricker ne se résume pas à ces deux rôles. À la télévision, elle s'était fait connaître du public britannique et irlandais en interprétant une infirmière dans une série médicale populaire de la BBC, à partir du milieu des années 1980. Un personnage auquel elle avait donné chaleur et épaisseur pendant plusieurs années.
Au cinéma, elle a multiplié les apparitions, souvent dans des seconds rôles marquants, aux côtés de grands noms et dans des productions variées, du drame social au film grand public. Une carrière de plus de soixante ans, faite de constance et de justesse plutôt que de tapage.
Une grande dame discrète
Brenda Fricker cultivait une forme de discrétion, loin des paillettes. Elle disait volontiers être devenue actrice un peu par hasard, elle qui, jeune, s'était d'abord intéressée au journalisme. Le hasard, précisément, aura bien fait les choses : il aura offert au cinéma une interprète sensible, capable de bouleverser dans un grand rôle comme de marquer les mémoires dans un petit.
Avec sa disparition, c'est une figure attachante du septième art qui s'en va, mais dont l'empreinte demeure. Il suffira sans doute, chaque hiver, de revoir un certain film à New York pour que resurgisse le souvenir de la dame aux pigeons, et, derrière elle, celui d'une actrice qui aura marqué son époque avec une élégante sobriété.



