Il y a, sur la scène du Théâtre du Châtelet, des museaux de cochon, des becs, des plumes et des oreilles dressées. C'est la patte de Valérie Lesort, metteuse en scène réputée pour son univers visuel foisonnant, qui s'empare jusqu'au 11 juillet de « La Vie parisienne », l'opéra-bouffe de Jacques Offenbach. Le pari : faire d'une comédie lyrique vieille de plus d'un siècle et demi une basse-cour joyeuse et grinçante.

Une fable animalière assumée

Le principe est limpide : Lesort « animalise » la galerie de personnages — groins et oreilles porcines pour les uns, becs et plumages pour les autres — grâce à des prothèses moulées sur le visage des interprètes. « J'ai décidé d'animaliser les personnages afin de rapprocher la fable, ancrée dans la Belle Époque, du public d'aujourd'hui », explique-t-elle au Journal La Terrasse, citant les fables et les « Métamorphoses » de Grandville. Le geste n'est pas qu'esthétique : il met à distance les conventions datées de l'œuvre tout en gardant intacte la satire mordante du Second Empire.

Châtelet et Comédie-Française réunis

La production est une coproduction du Théâtre du Châtelet et de la Comédie-Française, qui prête une douzaine de ses sociétaires. Sur le plateau, Benjamin Lavernhe campe Raoul de Gardefeu, Christian Hecq un baron de Gondremark jugé « hilarant » par Forum Opéra, tandis qu'Elsa Lepoivre prête sa présence à Metella et que la soprano Marie Oppert apporte l'éclat lyrique de Gabrielle. Les costumes acidulés sont signés Vanessa Sannino, les décors d'Éric Ruf. En fosse, Alexandra Cravero dirige l'Orchestre de chambre de Paris pour les premières représentations, relayé par Les Frivolités Parisiennes à partir du 27 juin.

Offenbach, toujours vivant

Créée le 31 octobre 1866 au Théâtre du Palais-Royal, sur un livret de Meilhac et Halévy, « La Vie parisienne » fut le premier ouvrage d'Offenbach à peindre la vie contemporaine plutôt que des sujets mythologiques. Triomphe immédiat, elle reparut dans une version remaniée en quatre actes en 1873. La critique, jusqu'ici, suit le mouvement : Forum Opéra décerne cinq étoiles à ce final de saison « somptueux ». Le risque d'un dispositif visuel qui phagocyterait la musique guette toujours ce type de relecture, mais l'accord entre la verve d'Offenbach et la ménagerie de Lesort semble, pour l'heure, faire mouche.