L'exploit qui avait tout changé
Le 16 juin 1982, l'Algérie crée l'une des plus grandes surprises de l'histoire des Coupes du monde en battant la RFA, vice-championne du monde en titre, 2-1 : Rabah Madjer puis Lakhdar Belloumi inscrivent les buts d'une victoire retentissante. Les Fennecs s'inclinent ensuite face à l'Autriche (0-2), avant de rebondir contre le Chili (3-2). À l'issue de la phase de poules, l'Algérie, la RFA et l'Autriche comptent toutes quatre points. Tout se joue lors du dernier match du groupe.
La « nuit de la honte » à Gijón
Le 25 juin 1982, à El Molinón de Gijón, la RFA et l'Autriche s'affrontent — mais avec une journée de décalage sur le match de l'Algérie, déjà joué. Les deux équipes connaissent donc le calcul : une victoire ouest-allemande par un ou deux buts les qualifie toutes les deux, au détriment des Fennecs. Horst Hrubesch ouvre le score à la 10ᵉ minute. Puis, pendant 80 minutes, les deux équipes se contentent d'échanger le ballon sans chercher à marquer. Dans les tribunes, le public siffle et réclame ironiquement que les joueurs « s'embrassent » ; des supporters algériens agitent des billets de banque. Score final : 1-0. Les deux équipes européennes passent ; l'Algérie, à égalité de points mais à la différence de buts, est éliminée.
Une blessure qui traverse les décennies
La Fédération algérienne dépose une protestation auprès de la FIFA, qui juge qu'aucune règle n'a été enfreinte. Quarante-quatre ans plus tard, alors que la Coupe du monde 2026 bat son plein, la plaie reste vive : l'épisode est devenu, dans la mémoire collective algérienne, le symbole d'une injustice — celui d'une équipe africaine qui avait battu la grande Allemagne sur le terrain, éliminée non par l'échec sportif mais par une entente tacite entre deux nations européennes.
L'héritage : une règle pour l'éternité
La FIFA tire les leçons de Gijón. À partir de la Coupe du monde 1986, les dernières journées de chaque groupe se jouent en simultané, les deux matchs débutant à la même heure. Une règle aujourd'hui universelle — Euro, Copa América, Ligue des champions — qui porte, sans le dire, l'empreinte de cette nuit de juin 1982. Mais dans les cafés d'Alger ou d'Oran, chaque Mondial ramène la même question : et si l'Algérie de Madjer et Belloumi avait été qualifiée ce jour-là ?



