Dans le monde du manga, la circulation se fait presque toujours dans un seul sens : du Japon vers le reste du monde. L'éditeur français Ki-oon a réussi à l'inverser, en faisant publier au Japon des mangas nés de son initiative, rapporte franceinfo.
Un éditeur français pas comme les autres
Fondée en 2003 par Ahmed Agne et Cécile Pournin, deux passionnés de culture japonaise, la maison Ki-oon s'est d'abord fait connaître, comme les autres éditeurs français de manga, en achetant les droits de séries japonaises pour les traduire et les publier en France.
Mais l'éditeur parisien a vu plus loin. En s'implantant à Tokyo, au cœur même de l'industrie, il s'est donné les moyens de travailler directement avec des auteurs japonais et de concevoir ses propres séries, plutôt que de se contenter d'importer.
Le pari d'inverser les flux
C'est là que réside l'exploit. Ki-oon a développé, avec de jeunes auteurs japonais, des mangas originaux, puis a réussi le plus difficile : convaincre des éditeurs japonais de les publier sur leur propre marché. Un marché réputé immense, exigeant et largement fermé aux productions venues de l'étranger.
Faire accepter, au Japon, des œuvres portées par une maison française relevait, il y a quelques années encore, de l'impensable. Plusieurs de ces titres ont pourtant trouvé leur place là-bas, y compris sur des plateformes numériques de référence, preuve que la barrière n'est plus infranchissable.
Le poids de la France dans le manga
Ce succès s'explique aussi par le contexte. La France est le deuxième marché mondial du manga, derrière le seul Japon. Un lectorat immense, une génération d'éditeurs pointus, une véritable culture du manga : autant d'atouts qui donnent aux acteurs français une crédibilité nouvelle, y compris aux yeux de l'industrie nippone.
L'aventure de Ki-oon illustre ce basculement : la France n'est plus seulement une terre d'accueil pour le manga, elle devient un lieu où il se conçoit et se produit, capable d'exporter jusque dans son berceau.
Un symbole d'un art qui se mondialise
Au-delà du cas d'un éditeur, cette histoire dit quelque chose de plus large sur le manga d'aujourd'hui. Les frontières créatives s'estompent, les talents circulent, et l'origine géographique d'une œuvre compte moins que sa qualité.
Pour les lecteurs français, il y a de quoi être fiers : leurs éditeurs ne se contentent plus de suivre la vague venue du Japon, ils contribuent, désormais, à l'alimenter. Une belle revanche pour un art longtemps regardé de haut, et devenu l'un des grands phénomènes culturels de notre époque.



