Il était l'un des derniers grands personnages de la nuit parisienne. Les archives de Michou, célèbre directeur de cabaret et figure de Montmartre, entrent dans les collections de la Bibliothèque nationale de France (BnF), rapporte franceinfo.

L'homme en bleu

De son vrai nom Michel Catty, né à Amiens en 1931, Michou s'était fait un prénom, une couleur et une silhouette. Toujours vêtu de bleu, lunettes assorties, il était le maître de cérémonie souriant d'un cabaret qui portait son nom, Chez Michou, rue des Martyrs, au pied de la Butte. Pendant des décennies, il a incarné un certain Paris de la fête, populaire et bon enfant, à la lisière de Montmartre et de Pigalle.

Sa disparition, en janvier 2020 à l'âge de 88 ans, avait été saluée comme la fin d'une époque. Avec lui s'éteignait l'une des dernières grandes figures des nuits de la capitale.

Un cabaret et ses sosies

Chez Michou n'était pas un cabaret comme les autres. Sa marque de fabrique : des spectacles de transformistes, ces artistes qui, le temps d'une soirée, prêtent leurs traits aux grandes vedettes de la chanson et du cinéma. Sur scène défilaient les « sosies » de stars, dans un tourbillon de paillettes, de perruques et d'imitations, entre hommage et second degré.

Le lieu était devenu une institution, un passage obligé pour une partie du tout-Paris comme pour les touristes en quête d'un spectacle typiquement parisien. Michou, en hôte attentionné, y accueillait ses convives avec la même faconde depuis les débuts de l'aventure, dans les années 1950.

Pourquoi la BnF

Que des archives de cabaret rejoignent la vénérable Bibliothèque nationale de France peut surprendre. C'est pourtant tout le sens de l'institution : conserver la mémoire de la culture sous toutes ses formes, y compris populaire et nocturne. En accueillant ce fonds, la BnF fait entrer dans son patrimoine un pan de l'histoire du spectacle vivant, de Montmartre et d'un art, le transformisme, longtemps resté en marge des collections officielles.

Photographies, costumes, documents : ces témoignages permettront aux chercheurs, comme aux simples curieux, de replonger dans l'ambiance de ces soirées et de garder une trace tangible d'un univers appelé, sinon, à s'effacer avec ses derniers témoins.

Une mémoire préservée

En rejoignant les collections nationales, Michou obtient une forme de consécration posthume : celle d'un personnage devenu, à sa manière, un morceau du patrimoine parisien. L'homme en bleu, qui avait fait de sa singularité un spectacle, entre ainsi dans l'histoire par la grande porte, celle des institutions chargées de transmettre, aux générations futures, ce que fut la vie culturelle de son temps.