Cultiver un jardin dans l'espace : l'image a quelque chose de poétique, mais elle sert une science bien réelle. À bord de la Station spatiale internationale, l'astronaute française Sophie Adenot mène une expérience de germination, et elle n'est pas seule : des centaines de milliers d'écoliers français l'accompagnent depuis la Terre.
Une expérience nommée ChlorISS
Le projet, présenté par Clubic, s'appelle ChlorISS. Il s'inscrit dans la mission Epsilon du CNES, l'agence spatiale française, dont le décollage a eu lieu en février 2026 ; l'expérience elle-même a démarré en mai, après l'arrivée du matériel par un cargo Cygnus.
Concrètement, Sophie Adenot fait germer deux plantes : l'arabette des dames, un classique des laboratoires, et le mizuna, une salade japonaise. L'objectif est précis : observer si, en l'absence de gravité, les graines poussent de la même façon que sur Terre, et comment la lumière oriente le sens de leur développement.
260 000 élèves aux commandes
C'est la dimension la plus originale de l'opération. L'expérience n'est pas confinée à l'orbite : 260 000 élèves français, du primaire au lycée, reproduisent exactement le même protocole dans leurs classes.
Ils formulent des hypothèses, sèment, observent la croissance de leurs plants, puis comparent leurs résultats avec ceux obtenus par l'astronaute en apesanteur. Les données comparatives sont analysées par la chercheuse Eugénie Carnero Diaz, de Sorbonne Université. Difficile d'imaginer meilleure façon d'enseigner la méthode scientifique : une même question posée à 400 kilomètres d'altitude et dans une salle de classe.
Un héritage de près d'un siècle
Faire pousser des végétaux dans l'espace n'est pas une nouveauté, et l'article rappelle une longue histoire. Les premières graines ont voyagé dès 1946, à bord de fusées V2.
Les jalons se sont ensuite enchaînés : une germination en orbite en 1966, des graines emportées par Apollo 14 en 1971, la première laitue cultivée et consommée dans l'ISS en 2015, puis des zinnias qui y ont fleuri. ChlorISS s'inscrit dans cette lignée, avec cette fois une forte dimension pédagogique et française.
Pourquoi cultiver là-haut
Ces expériences ne relèvent pas de la simple curiosité. Comprendre comment les plantes se comportent sans gravité est une clé pour les futurs voyages spatiaux de longue durée, vers la Lune ou Mars, où il faudra produire une partie de sa nourriture sur place.
Savoir comment une graine s'oriente sans le repère du poids, comment la lumière peut remplacer la gravité pour guider sa croissance, ce sont des connaissances fondamentales pour imaginer, un jour, des serres spatiales.
Une vitrine pour la science française
Au-delà de la recherche, l'opération est une belle vitrine. Portée par le CNES, Sorbonne Université et les ministères de l'Éducation et de l'Agriculture, elle associe une astronaute française, une expérience conçue en France et des centaines de milliers d'élèves du pays.
À l'heure où l'on s'inquiète parfois de l'intérêt des jeunes pour les sciences, voir 260 000 d'entre eux mener la même expérience qu'une astronaute en orbite a quelque chose de réjouissant. La graine que fait germer Sophie Adenot pousse aussi, à sa manière, dans les esprits.



