Regarder le centre de notre galaxie en détail relève de l'exploit technique. Deux astronomes français viennent de le réaliser, en composant patiemment une image d'une richesse inédite : 60 millions d'étoiles réunies sur un seul cliché du cœur de la Voie lactée.
Un assemblage vertigineux
La prouesse, détaillée par Futura Sciences, tient dans une formule : « une mosaïque de mosaïques de mosaïques ». Car il ne s'agit pas d'une simple photo, mais d'un empilement d'images à plusieurs niveaux.
Les données proviennent de deux instruments complémentaires. Le télescope spatial européen Euclid, avec sa caméra de 610 millions de pixels, a fourni la finesse. Le télescope Canada-France-Hawaï (CFHT) et sa caméra MegaCam ont apporté la couleur. Au total, environ 150 images brutes d'Euclid (180 gigaoctets) et 135 du CFHT (102 gigaoctets) ont été combinées, en comblant les espaces entre capteurs par des décalages successifs et en assemblant neuf champs en une grille de trois sur trois.
Une image hors norme
Le résultat donne le tournis. L'image finale compte 6 milliards de pixels, pour des dimensions de 108 000 sur 90 000 pixels. Même fortement compressé, le fichier pèse encore 12 gigaoctets.
Cette débauche de données sert un objectif précis : cataloguer 60 millions d'étoiles dans le bulbe galactique, le centre de la Voie lactée. Cette région est si dense en étoiles qu'elle relève de ce que les astronomes appellent un « régime de confusion », où les astres se chevauchent au point de devenir difficiles à distinguer. D'où la nécessité d'une résolution extrême, celle d'Euclid, pour les séparer un à un.
Une réalisation à forte empreinte française
Derrière cette image, un savoir-faire bien identifié. Elle est l'œuvre de Jean-Charles Cuillandre et Emmanuel Bertin, tous deux astronomes au CEA, le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives.
Pour parvenir à ce résultat, ils ont mobilisé des logiciels sur mesure, écrits en C et en Python, ainsi que la suite d'outils AstrOmatic. Ce n'est pas un détail : traiter et aligner des centaines de gigaoctets d'images issues de deux télescopes différents est un travail d'orfèvre informatique autant qu'astronomique. La France, engagée dans la mission Euclid comme dans le télescope Canada-France-Hawaï, est ici au premier plan.
Bien plus qu'une belle image
On pourrait n'y voir qu'une photo spectaculaire. Ce serait passer à côté de l'essentiel. Une telle carte, à la fois vaste et d'une précision inédite, est un outil de recherche : elle permet d'étudier la structure du centre galactique, la répartition des étoiles, et de préparer les analyses scientifiques de la mission Euclid, dont l'objectif premier est de sonder l'Univers sombre.
Le contraste est saisissant : ces mêmes données qui donnent une image à couper le souffle sont d'abord un catalogue, une base de mesures pour les astronomes. C'est ainsi que progresse l'astronomie moderne, en transformant des milliards de pixels en connaissance. Et il n'est pas indifférent que cette pièce d'exception porte, en grande partie, la signature d'une science française.



