Nos étés d'incendies paraissent inédits. À l'échelle des temps géologiques, la Terre a pourtant déjà connu bien pire. Une étude nous ramène 201 millions d'années en arrière, quand l'Europe s'est embrasée non pas quelques semaines, mais pendant des dizaines de milliers d'années.

Un enfer de feu à la charnière de deux ères

Le récit, rapporté par Futura Sciences, se situe à la transition entre le Trias et le Jurassique, il y a environ 201 millions d'années. À cette époque, l'Europe a connu des incendies massifs et répétés, au point d'être décrite comme un « monde véritablement infernal ».

La durée donne le vertige : ces feux se seraient succédé sur une période estimée entre 40 000 et 300 000 ans. Non pas un incendie, ni une saison, mais un régime de feu quasi permanent à l'échelle d'un continent.

Ce que révèlent les sédiments

Comment lire un tel épisode, si loin dans le passé ? Grâce aux archives de la roche. L'équipe, qui compte le chercheur Van de Schootbrugge de l'université d'Utrecht, a publié ses résultats dans la revue Nature Geoscience.

Les preuves proviennent de carottes de sédiments prélevées sur plusieurs sites européens. On y trouve des niveaux charbonneux, riches en hydrocarbures aromatiques polycycliques, des molécules qui se forment lors de la combustion incomplète de matière organique. En clair : la signature chimique du feu, piégée dans la roche.

Le moteur : un volcanisme colossal

À l'origine de cet embrasement, un bouleversement climatique brutal. La fragmentation de la Pangée, le supercontinent d'alors, s'est accompagnée d'un volcanisme massif, qui a libéré d'énormes quantités de CO₂ dans l'atmosphère.

Résultat : un réchauffement global extrême, de l'ordre de 5 à 10 °C. C'est ce climat surchauffé qui a créé les conditions d'incendies à répétition.

Le rôle inattendu des fougères

Un mécanisme fascinant explique la persistance des feux : les fougères. Lorsqu'elles se dessèchent, ces plantes forment d'épais tapis qui constituent un combustible idéal, capable de nourrir d'immenses incendies.

Or, après le passage du feu, les fougères recolonisent rapidement le terrain brûlé, reconstituant le combustible pour l'incendie suivant. Un cercle vicieux végétal, qui entretenait l'embrasement sur des millénaires.

Un miroir lointain, à ne pas surinterpréter

La tentation est grande de tirer un trait direct entre cet épisode et nos étés actuels. Prudence. Il s'agit d'un événement d'une tout autre échelle de temps et d'intensité, lié à un volcanisme sans commune mesure avec l'activité humaine.

Ce que cet épisode illustre, en revanche, est un principe que la science documente : un réchauffement rapide, alimenté par un afflux massif de CO₂, s'accompagne d'une multiplication des incendies. La différence, aujourd'hui, est que la source du CO₂ n'est plus un volcan, mais nous. Le passé lointain ne prédit pas notre avenir, mais il rappelle, à sa manière brûlante, ce qu'un climat qui s'emballe peut faire à un continent.