Les lunettes connectées promettaient de discrètes photos souvenirs. Elles servent aussi, parfois, à filmer des inconnus sans qu'ils le sachent. Meta vient d'y mettre le holà sur Instagram, dans une affaire qui illustre les dérives possibles de ces caméras portées sur le nez.

Des passants filmés à leur insu

Le problème, rapporté par Clubic, tient à un usage détourné des lunettes Ray-Ban Meta. Certains créateurs abordaient des passants ou des employés de commerce avec des répliques préparées, pendant que la caméra intégrée à la monture, difficile à repérer, enregistrait la scène sans consentement.

Les vidéos étaient ensuite publiées sur Instagram, transformant des inconnus en figurants involontaires, parfois tournés en ridicule. Un détournement rendu possible par la discrétion même de l'appareil : une caméra que rien, ou presque, ne signale à la personne filmée.

La réponse de Meta

Face à ces pratiques, Meta a réagi. Adam Mosseri, le patron d'Instagram, a posé la règle sans ambiguïté : l'entreprise ne veut pas que des gens en filment d'autres en cachette, les harcèlent, puis publient ces vidéos.

Concrètement, Instagram supprime les contenus concernés et suspend les comptes responsables. Deux comptes documentés pour ce type de vidéos ont ainsi été désactivés. La sanction reste, à ce stade, limitée en nombre, mais elle pose un principe.

Un objet qui se répand vite

L'enjeu n'est pas anecdotique, car ces lunettes ne sont plus un gadget confidentiel. Meta en a vendu plus de 7 millions d'exemplaires en 2025, soit trois fois plus qu'en 2024. Et Instagram, où atterrissent ces vidéos, compte près de deux milliards d'utilisateurs actifs par mois.

Autrement dit, la capacité de filmer discrètement autrui se diffuse à grande échelle, dans un espace public où chacun peut, sans le savoir, se retrouver enregistré puis exposé en ligne.

La vie privée en question, jusqu'en France

Cette affaire s'inscrit dans un débat plus large, qui concerne directement la France. La CNIL, l'autorité française de protection des données, enquête depuis 2024 sur la conformité de ces lunettes au RGPD, le règlement européen sur les données personnelles.

Le contexte est chargé. Meta a discrètement retiré, en juin 2026, du code lié à la reconnaissance faciale. Et des journalistes suédois ont révélé que l'entreprise transmettait des vidéos captées par les Ray-Ban à des annotateurs humains, pour entraîner ses intelligences artificielles. Autant d'éléments qui nourrissent l'inquiétude sur ce que deviennent, réellement, les images captées.

Le vrai sujet : le consentement

Au fond, la modération d'Instagram ne règle qu'une partie du problème. Bannir quelques comptes après coup ne change rien au fait qu'une personne peut être filmée sans le savoir ni y consentir.

C'est là que se joue la vraie question posée par ces objets : comment garantir le consentement quand la caméra devient invisible ? Tant qu'une lunette pourra enregistrer sans que la personne en face en soit clairement avertie, le problème demeurera, quelles que soient les règles affichées par les plateformes. L'action de Meta est un signal utile ; elle ne dispense pas d'un cadre plus clair, que les régulateurs, CNIL en tête, s'emploient précisément à définir.