Un gros porteur militaire en renfort des pompiers du ciel ? La France pourrait, pour la première fois, mobiliser un avion A400M transformé en bombardier d'eau pour lutter contre les feux de forêt, rapporte BFMTV. Une hypothèse présentée au conditionnel, mais de plus en plus sérieuse.
L'équivalent de plusieurs Canadair
L'atout de l'A400M, c'est sa capacité. Grâce à un système de largage installé dans sa soute, l'avion de transport militaire d'Airbus pourrait déverser une quantité d'eau bien supérieure à celle d'un Canadair, présentée comme « l'équivalent de trois Canadair », souligne France 3 Occitanie. Sur un grand feu de plaine, une telle masse d'eau larguée en une seule passe peut faire la différence.
Autre avantage mis en avant : la possibilité, pour ce type d'appareil, d'opérer dans des conditions où les Canadair sont plus limités, notamment sur les longues distances.
Une flotte sous tension
Cette piste ne surgit pas par hasard. La flotte française de Canadair, ces avions amphibies emblématiques de la lutte anti-incendie, vieillit : plusieurs appareils approchent ou dépassent la trentaine d'années, et leur remplacement, commandé, ne sera pleinement effectif que dans plusieurs années. Dans l'intervalle, les moyens aériens peuvent manquer, surtout lors des étés les plus chauds.
Or, la saison 2026 s'annonce redoutable. La canicule s'installe, le gouvernement a déclenché un plan Orsec « chaleurs extrêmes » inédit, et les incendies frappent déjà durement le sud de l'Europe. Dans ce contexte, disposer d'un renfort ponctuel de forte capacité prend tout son sens.
Des limites à ne pas ignorer
Pour autant, l'A400M n'est pas un Canadair. Sa taille imposante soulève des questions de manœuvrabilité, en particulier dans les zones montagneuses et accidentées, où l'agilité prime. Voler à très basse altitude, dans un air rendu turbulent par la chaleur et la fumée, avec un appareil de ce gabarit, exige un savoir-faire spécifique et une formation adaptée des équipages.
S'ajoute une contrainte de fond : l'A400M est avant tout un avion militaire, dont l'emploi dépend de sa disponibilité et des priorités de la Défense. Son utilisation pour la sécurité civile suppose donc de définir une doctrine et de sécuriser cette disponibilité.
L'exemple espagnol
La France n'est pas seule à explorer cette voie. L'Espagne, durement touchée par les incendies, met en œuvre cet été un A400M équipé pour la lutte anti-incendie. Cette expérience, chez un voisin confronté aux mêmes défis, pourrait éclairer les choix français et démontrer, ou non, l'efficacité réelle du dispositif sur le terrain.
À l'heure où les étés caniculaires se multiplient, la question des moyens de lutte contre les feux devient cruciale. Le recours à un gros porteur militaire, s'il se confirme, illustrerait une tendance de fond : mobiliser toutes les ressources disponibles, y compris militaires, face à une menace climatique qui s'aggrave.



