C'est un avantage aussi ancien que méconnu, et il est dans le viseur du gouvernement. Les salariés et retraités des industries électriques et gazières (IEG) paient leur énergie à un tarif très réduit, un « avantage en nature » que l'exécutif veut désormais rogner, rapporte BFMTV.

Le « tarif agent », un héritage de 1946

L'avantage, souvent appelé « tarif agent », remonte à la création du statut national des IEG, en 1946. À l'époque de la nationalisation de l'électricité et du gaz, il a été accordé aux personnels du secteur, et il a perduré depuis, y compris après l'ouverture du marché de l'énergie.

Concrètement, les bénéficiaires, salariés en activité comme retraités des entreprises du secteur (EDF, Engie, Enedis, GRDF, RTE…), acquittent leur facture d'électricité et de gaz à un prix bien inférieur à celui payé par les autres consommateurs. Un coup de pouce loin d'être négligeable, surtout dans une période où les prix de l'énergie ont fortement grimpé.

Pourquoi le gouvernement s'y intéresse

Si l'exécutif s'y penche aujourd'hui, c'est d'abord une affaire de finances publiques. Dans un contexte de recherche d'économies, tout avantage jugé coûteux est réexaminé. Le tarif agent représente un manque à gagner pour les entreprises concernées, et son coût, régulièrement pointé par la Cour des comptes ces dernières années, en fait une cible.

L'idée du gouvernement ne serait pas nécessairement de supprimer l'avantage d'un trait de plume, mais plutôt de le réduire ou de le fiscaliser davantage, afin d'en diminuer la portée sans provoquer de rupture frontale.

Un sujet ultrasensible

Reste que le terrain est miné. Les syndicats du secteur de l'énergie sont historiquement très attachés à cet acquis, qu'ils considèrent comme une composante à part entière du statut, en partie liée, selon eux, à des rémunérations d'embauche modestes. Toucher au tarif agent, c'est donc s'exposer à une mobilisation d'un secteur clé, capable de peser lourd en cas de conflit.

Le dossier illustre une équation récurrente : d'un côté, l'impératif budgétaire et la question de l'équité, un avantage réservé à une profession pouvant être perçu comme un privilège ; de l'autre, la défense d'un droit ancien par ceux qui en bénéficient.

La suite

À ce stade, tout dépendra de la méthode retenue et de l'ampleur du coup de rabot. Une réforme brutale heurterait de plein fouet les personnels concernés ; une approche graduelle, par la fiscalité, susciterait sans doute moins de remous, mais rapporterait aussi moins vite.

Dans les deux cas, le sujet s'annonce comme l'un de ces dossiers sociaux à haut risque dont la France a le secret, où une mesure d'apparence technique se transforme vite en épreuve de force politique.