Un salon, une ordonnance

Au salon « Créteil en Poche » (Val-de-Marne), festival gratuit consacré au livre de poche, des auteurs ont troqué le stylo de dédicace contre celui du médecin : après quelques questions à leur interlocuteur, ils lui remettent une « ordonnance » sur laquelle figure non pas un médicament, mais un titre à lire. Une mise en scène volontairement ludique, rapportée par Le Parisien, qui s'appuie sur une idée ancienne : le livre comme remède au moral.

La bibliothérapie, une idée qui revient

Derrière le jeu se cache la bibliothérapie — l'usage de la lecture à des fins de mieux-être. La pratique n'est pas nouvelle : on la fait remonter à l'Antiquité, et elle fut expérimentée auprès de soldats traumatisés après la Première Guerre mondiale. Elle connaît aujourd'hui un regain d'intérêt : au Royaume-Uni, des médecins peuvent recommander des listes de lectures ; en France, la pratique reste émergente, portée par des passionnés, et une formation universitaire dédiée a vu le jour à Strasbourg. L'idée n'est pas de remplacer un suivi médical, mais d'offrir un appui : nommer ce que l'on ressent, se sentir moins seul.

Un salon populaire et gratuit

Créteil en Poche reste avant tout un rendez-vous populaire : entrée libre, public familial, des centaines d'auteurs de tous genres — du polar à la BD. Le format de poche, accessible et démocratique, y est célébré comme un objet culturel à part entière. L'animation des « ordonnances littéraires » s'y prête bien : elle crée un moment d'écoute rare entre un auteur et un lecteur.

Lire pour aller mieux, sans illusion

Les spécialistes invitent toutefois à la mesure : un roman ne soigne pas une dépression, et la bibliothérapie complète d'autres prises en charge sans s'y substituer. Mais à l'heure où l'on lit souvent vite et peu, ces ordonnances de salon rappellent une évidence : la lecture n'est pas qu'un loisir, elle peut aussi être un soin. De quoi repartir de Créteil avec, en poche, une prescription qui ne coûte rien.