Et si la chaleur devenait un frein durable à la croissance française ? C'est l'avertissement lancé par une étude d'Allianz Trade, filiale d'assurance-crédit du groupe Allianz, publiée le 19 juin 2026. Le scénario chiffré : si les cinq étés les plus chauds observés entre 2014 et 2024 se reproduisaient sur la période 2026-2030, l'économie française pourrait perdre l'équivalent de 210 milliards d'euros (environ 240 milliards de dollars) de production cumulée.

D'où vient le chiffre de 210 milliards ?

Le montant ne provient ni de la Banque de France ni d'un institut public, mais d'une étude pilotée par l'économiste climat Hazem Krichene pour Allianz Trade. La méthode repose sur une hypothèse forte : une intensification régulière des épisodes de chaleur extrême. Selon cette projection, les grandes économies européennes les plus exposées verraient leur croissance amputée de 5 à 7 % au total sur cinq ans, la France arrivant en tête. Ce chiffre doit être lu comme le résultat d'un scénario d'assureur, et non comme une prévision officielle : il dépend entièrement des hypothèses de température retenues.

Comment la chaleur grippe l'économie

Les mécanismes décrits convergent avec la littérature scientifique. Productivité d'abord : au-delà de 30 °C, le rendement du travail chute fortement, en particulier sur les chantiers, dans l'agriculture et la logistique. Énergie ensuite : la demande grimpe avec la climatisation, ce qui tend les réseaux en plein pic estival. S'y ajoutent l'agriculture, exposée aux sécheresses et aux pertes de récolte, et la santé, avec une surmortalité et des dépenses hospitalières qui pèsent sur les finances publiques.

Un risque de « stagflation » climatique

Allianz Trade alerte sur une possible dynamique stagflationniste : croissance affaiblie, hausse des prix liée à la contraction de l'offre (récoltes, énergie) et montée du chômage. Du côté des institutions publiques, le constat n'est pas isolé : le gouverneur de la Banque de France a lui-même reconnu, comme le rapporte le Journal du Net, que les vagues de chaleur pèsent sur l'activité à moyen terme.

L'enjeu : s'adapter, et vite

Quel que soit le montant exact retenu, le message des économistes est constant : le coût de l'inaction grimpe. Adapter les bâtiments, repenser l'organisation du travail en cas de fortes chaleurs, sécuriser les réseaux électriques et l'eau d'irrigation, renforcer la prévention sanitaire — autant de chantiers présentés comme moins onéreux que la facture des canicules subies. Le chiffre de 210 milliards, aussi spectaculaire soit-il, vaut donc surtout comme ordre de grandeur d'un risque, et comme argument pour investir dès maintenant dans l'adaptation.