Quand le thermomètre redescend, on croit le danger passé. C'est rarement le cas. Lors des épisodes de forte chaleur, une partie des décès et des hospitalisations survient ou se déclenche plusieurs jours après le pic de température. Les autorités sanitaires parlent d'un « effet retard », particulièrement marqué chez les plus fragiles.
Un dérèglement qui s'installe progressivement
Face à la chaleur, le corps active ses propres systèmes de refroidissement : il transpire davantage, accélère la respiration et dilate les vaisseaux sanguins proches de la peau, rappelle l'Assurance maladie. Mais ces mécanismes ont besoin d'une hydratation suffisante pour fonctionner. Quand l'exposition se prolonge, jour et nuit, l'organisme s'épuise.
Les conséquences ne sont donc pas toujours immédiates. La déshydratation, les troubles du sel dans le sang ou l'aggravation d'une maladie chronique peuvent mettre plusieurs jours à atteindre un point critique. C'est ce décalage qui explique pourquoi les services d'urgence restent sous tension même après le retour de températures plus clémentes. C'est aussi pourquoi Santé publique France publie, depuis 2023, un bilan épidémiologique une quinzaine de jours après chaque vague de chaleur, afin de capter cette mortalité différée.
Qui est concerné
Tout le monde n'est pas égal devant la chaleur. Les groupes les plus exposés sont, selon l'Assurance maladie, les personnes âgées de plus de 65 ans (chez qui la soif et la transpiration diminuent), les nourrissons et jeunes enfants, les malades chroniques (cœur, asthme…), les personnes sous certains médicaments (diurétiques, antihistaminiques), les travailleurs exposés et les sportifs, ainsi que les personnes isolées ou sans domicile. L'isolement social est un facteur aggravant majeur : une personne seule peut voir son état se dégrader sans que personne ne s'en aperçoive à temps.
Des chiffres qui rappellent l'enjeu
Les vagues de chaleur pèsent lourd. Sur les neuf derniers étés, Santé publique France attribue environ 11 700 décès à l'exposition à la chaleur durant les canicules. L'été 2025, l'un des plus chauds depuis 1900, a entraîné à lui seul plus de 24 000 passages aux urgences et près de 5 700 décès attribuables à la chaleur entre juin et septembre, d'après l'Assurance maladie. L'épisode précoce de fin mai 2026 a confirmé la rapidité du phénomène, avec une hausse progressive des passages aux urgences sur plusieurs jours, selon Santé publique France.
Se protéger dans la durée, pas seulement le jour le plus chaud
La principale erreur est de relâcher la vigilance trop tôt. Les bons gestes doivent être maintenus pendant ET après l'épisode : boire régulièrement sans attendre la soif, fermer volets et fenêtres le jour et aérer la nuit, passer plusieurs heures dans un lieu frais, se mouiller la peau, et prendre des nouvelles des proches âgés ou isolés plusieurs jours de suite. En cas de maux de tête, de nausées, de fatigue inhabituelle ou de confusion, il faut réagir vite : ces signes peuvent annoncer un coup de chaleur, urgence vitale.



