C'est l'un des plus gros contrats de défense de la décennie, et il échappe à la France. Le Canada a choisi le groupe allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) pour construire sa nouvelle flotte de sous-marins, rapporte Le Monde. Une décision qui consacre le savoir-faire allemand en matière de sous-marins conventionnels.

Un contrat colossal

Ottawa veut remplacer sa flotte vieillissante par une douzaine de bâtiments de nouvelle génération, à propulsion classique. Sur l'ensemble du cycle de vie du programme, construction, maintenance et soutien compris, la facture se compte en dizaines de milliards de dollars, ce qui en fait l'un des investissements militaires les plus lourds de l'histoire canadienne.

Au terme d'une compétition de plus de deux ans, TKMS l'a emporté face au sud-coréen Hanwha Ocean, confirme Al Jazeera. Les deux finalistes proposaient des sous-marins modernes dotés de systèmes de propulsion permettant de longues plongées sans remonter en surface.

Naval Group écarté en amont

Pour l'industrie française, la déception est réelle. Naval Group, fleuron national de la construction navale militaire, avait présenté une offre, écartée avant la phase finale, aux côtés d'autres candidats européens. Le groupe hexagonal, très identifié à la propulsion nucléaire de ses sous-marins pour la Marine française, peine à s'imposer sur le segment très disputé des sous-marins conventionnels destinés à l'exportation.

Ce revers rappelle un précédent douloureux : la rupture, en 2021, du méga-contrat australien de sous-marins, déjà au détriment de Naval Group. Sur ce marché mondial très politique, les choix se jouent autant sur la technologie que sur les alliances stratégiques et les retombées industrielles promises à l'acheteur.

Les retombées, nerf de la guerre

Car au-delà des performances des bâtiments, c'est souvent la promesse d'emplois et d'investissements locaux qui fait la différence. Les grands contrats d'armement se gagnent désormais sur leur volet économique : usines, chaînes d'approvisionnement, transferts de technologie et emplois créés dans le pays client.

En s'appuyant sur un partenariat associant notamment la Norvège, TKMS a mis en avant d'importantes retombées industrielles pour le Canada, un argument décisif dans la balance. Pour la France, l'enjeu dépasse ce seul appel d'offres : il touche à sa capacité à défendre une base industrielle de défense souveraine face à des concurrents européens et asiatiques de plus en plus agressifs à l'export.