Pendant des décennies, le pied des falaises de Dollemard, au nord-ouest du Havre, a servi de dépotoir. Gravats, plastiques, béton, pneus, câbles électriques et déchets électroniques s'y sont accumulés jusqu'à l'abandon officiel du site, en 1999 selon la DREAL Normandie. Un quart de siècle plus tard, l'opération de résorption tant attendue est engagée.
Des déchets qui glissent vers la Manche
Le problème n'est pas seulement esthétique. Sous l'effet de l'érosion côtière et des assauts de la mer, les déchets enfouis dévalent progressivement vers la Manche, contaminant sols, eaux et biodiversité — une situation appelée à s'aggraver avec la montée du niveau marin.
Paradoxalement, le site est aussi d'une grande richesse écologique : classé Natura 2000, il abrite 173 espèces végétales, 82 espèces d'oiseaux et 9 espèces de chauves-souris, selon la Ville du Havre. Tout l'enjeu du chantier est là : retirer la pollution sans abîmer ce qui mérite d'être préservé.
312 000 mètres cubes à extraire
La masse de déchets à traiter représente environ 312 000 mètres cubes, soit de l'ordre de 400 000 tonnes accumulées sur le littoral. La première phase cible la zone centrale, la plus exposée, avec quelque 205 000 m³. Le défi est avant tout technique : travailler à flanc de falaise impose une logistique exceptionnelle — clôtures, filets de sécurité, grues et échafaudages — avant le lancement des excavations. La première phase doit être achevée à l'horizon 2028.
37 millions d'euros, trois financeurs
Le coût total du chantier est estimé à 37,3 millions d'euros, répartis entre trois partenaires publics : l'État, via l'Ademe, apporte 22 millions d'euros au titre du plan national de résorption des décharges littorales ; la Ville du Havre investit 11,6 millions d'euros ; la Région Normandie complète à hauteur de 3,7 millions d'euros. Cet engagement s'inscrit dans une stratégie nationale plus large visant les anciennes décharges du bord de mer.
Rendre le site à la nature
Une fois les déchets évacués, l'objectif n'est pas de bétonner mais de restaurer. La Ville prévoit une restauration des milieux naturels sur place, avec l'installation de nichoirs et d'abris pour favoriser le retour de la faune. Dollemard pourrait ainsi devenir un cas d'école : celui d'un littoral abîmé rendu à la biodiversité. Pour les Havrais, c'est la promesse de voir disparaître, après vingt-cinq ans, une plaie ouverte au pied de leurs falaises.



