Une loi pionnière, une application difficile
Fin 2025, l'Australie est devenue le premier pays au monde à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. La loi impose aux plateformes — Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat, YouTube, X… — de prendre des mesures « raisonnables » pour empêcher les mineurs d'ouvrir un compte, la charge pesant sur les entreprises et non sur les familles. Mais six mois plus tard, le bilan est sévère : une large majorité des 12-15 ans continuent d'utiliser les réseaux, les vérifications d'âge étant aisément contournées.
Le doublement des amendes
Face à ce constat, le gouvernement australien a annoncé le doublement de l'amende maximale encourue par les plateformes en cas de manquement systématique, rapporte Fortune : elle passe d'environ 49,5 à 99 millions de dollars australiens. Le régulateur, l'eSafety Commissioner, voit aussi ses pouvoirs d'enquête renforcés : il pourra exiger des plateformes — et de tiers, comme les prestataires de vérification d'âge — la preuve documentée des mesures prises. Plusieurs grands réseaux sont déjà dans son viseur, et des millions de comptes ont été désactivés depuis l'entrée en vigueur.
Le débat : efficacité et vie privée
L'expérience australienne nourrit deux critiques. D'abord l'efficacité : si la plupart des mineurs contournent l'interdiction, l'amende sanctionne-t-elle autre chose qu'une défaillance technique que les plateformes pourraient corriger ? Ensuite la vie privée : vérifier l'âge suppose de collecter des données d'identité ou biométriques, ce qui pose la question de leur sécurité. Malgré ces réserves, plusieurs pays étudient des dispositifs similaires.
Ce que la France peut en retenir
La France avance sur le même terrain : l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, et plusieurs pays européens préparent des mesures comparables. La leçon australienne est claire : voter la loi est la partie facile ; l'appliquer exige un régulateur doté de vrais pouvoirs, des sanctions assez dissuasives et une vérification d'âge à la fois robuste et respectueuse de la vie privée — l'équation qu'aucun pays n'a encore parfaitement résolue.



