Un symbole du taxi détourné

C'est un petit objet, mais un puissant symbole. Le « lumineux » — ce signe éclairé posé sur le toit des taxis — est réservé aux taxis réglementés, et les distingue immédiatement des voitures de transport avec chauffeur (VTC). Or, selon Le Monde, Uber a été condamné pour concurrence déloyale pour avoir détourné ce signe distinctif dans une campagne publicitaire.

En clair, la justice a estimé que la plateforme s'était appropriée un attribut propre au monde du taxi pour sa communication, entretenant une forme de confusion au profit de son image.

Ce que sanctionne la décision

La concurrence déloyale, en droit français, sanctionne notamment le fait de tirer profit, sans effort propre, des signes distinctifs ou de la notoriété d'un concurrent — ce que l'on appelle le parasitisme. En reprenant un emblème aussi identifiable que le lumineux des taxis, Uber s'est, selon les juges, placé sur ce terrain.

Il s'agit, à ce stade, d'une décision de première instance : la plateforme conserve la possibilité de faire appel. Le montant exact d'éventuels dommages et intérêts liés à cette affaire précise n'a pas été détaillé publiquement.

Un contentieux qui dure

Cette condamnation s'ajoute à un conflit ancien entre les taxis et Uber. Depuis l'arrivée de la plateforme en France, et en particulier depuis l'épisode très contesté d'UberPop (service lancé puis fermé au milieu des années 2010), les organisations de taxis multiplient les actions en justice, dénonçant une concurrence qu'elles jugent déloyale et un cadre réglementaire inégal entre taxis et VTC.

Les affaires se sont succédé au fil des années, avec des issues variables selon les juridictions. Le dossier des lumineux vient s'y greffer, sur un terrain plus symbolique : celui de l'identité visuelle du taxi, jalousement protégée.

Une bataille aussi symbolique que juridique

Au-delà du droit, l'enjeu est celui de la reconnaissance. Pour les taxis, le lumineux n'est pas un simple accessoire : c'est la marque d'un métier réglementé, soumis à des obligations (licences, tarifs encadrés) que les VTC n'ont pas dans les mêmes termes. Voir ce symbole récupéré par un acteur perçu comme concurrent a donc une portée qui dépasse la seule pub.

La décision, si elle est confirmée, envoie un signal : les codes visuels d'une profession ne sont pas libres d'usage. Reste à voir si Uber fera appel, et quelle suite prendra ce énième chapitre de la guerre taxis-VTC. ActuBrief suivra les développements de ce dossier.