Une vie qui bascule vers l'image
Il y a des trajectoires qui ne tiennent pas en une ligne. Celle de Martine Barrat commence par la danse, avant qu'un accident ne referme cette voie. C'est alors, de l'autre côté de l'Atlantique, qu'elle trouve un autre langage : l'image. Installée à New York à la fin des années 1960, elle filme puis photographie ce que beaucoup préfèrent ne pas voir — les quartiers populaires et leurs habitants, comme le raconte Le Monde.
Sans école de photographie, elle apprend sur le terrain, appareil en main, au plus près des gens.
Le regard de l'intérieur
Ce qui distingue son travail, c'est la relation. Barrat ne débarque pas en observatrice pressée : elle s'installe, tisse des liens, revient. Dans le South Bronx, puis dans les clubs de boxe de Harlem et de Brooklyn, elle photographie des jeunes que la société regarde de loin — non pour les juger, mais pour les célébrer. Son livre Do or Die, consacré à ces boxeurs, sera d'ailleurs préfacé par des figures aussi diverses que le cinéaste Martin Scorsese et le photographe Gordon Parks.
Sa méthode tient en une idée simple et exigeante : la photographie comme acte de tendresse, jamais de mépris.
De Harlem à la Goutte-d'Or
Son regard fait le grand écart entre deux rives. Car Barrat photographie aussi, à Paris, le quartier de la Goutte-d'Or — populaire, cosmopolite, vivant — qu'elle traite avec la même attention que Harlem. D'un continent à l'autre, c'est la même humanité qu'elle cherche : celle des gens ordinaires, saisis dans leur dignité.
Ce double ancrage, franco-américain, fait la singularité de son œuvre, longtemps plus reconnue outre-Atlantique qu'en France, où ses images ont pourtant tout d'un patrimoine.
Une reconnaissance qui perdure
Aujourd'hui, à un âge où beaucoup ont depuis longtemps rangé leur appareil, Martine Barrat continue d'exposer : son travail est présenté aux Rencontres d'Arles, grand rendez-vous international de la photographie, selon la programmation du festival. Une consécration tardive mais méritée, qui remet en lumière un demi-siècle d'images.
Au fond, son œuvre pose une question toute simple, et pourtant rare : où porte-t-on le regard ? Barrat, elle, l'a toujours dirigé vers celles et ceux qu'on oublie — et c'est ce qui donne à ses photographies leur force intacte. ActuBrief salue une œuvre qui continue de nous regarder.



